UFAL Info n°78 : « La mutualité pour la République sociale »

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La Mutualité est un fait historique qui remonte à la plus haute antiquité. Théophraste disciple d’Aristote au IVe siècle avant Jésus Christ décrivait déjà des associations ayant caisse commune que leurs membres alimentaient par le paiement d’une cotisation mensuelle destiné à donner des secours à ceux qui avaient été atteints par une adversité quelconque. Les travailleurs qui ne pouvaient vivre de leur trésor accumulé mais uniquement de leur labeur se sont toujours organisés pour faire face aux risques de l’existence.
L’historienne économiste Anne Fretel a montré comment la Révolution française en mettant en exergue les libertés individuelles a cherché à développer une société fondée sur une égalité juridique des conditions de départ. L’individu disparaît sous les traits d’un collectif anonyme dont la forme politique est celle du peuple souverain, l’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme énonce d’ailleurs que « le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation ».
Dès lors la culture politique de l’intérêt général se traduit par la promotion de la loi comme support de la régulation sociale, en vue de préserver la société de l’arbitraire et du particularisme qui prévalaient sous l’Ancien Régime. Les groupements de personnes sont alors vus comme un obstacle à la réalisation de cette culture de la généralité, par les distinctions catégorielles qu’ils engendrent.
La logique révolutionnaire aurait dû logiquement aboutir à la république sociale.
Comme le rappelait Jean Jaurès en 1893 : « Et tandis que les travailleurs n’ont plus à payer, dans l’ordre politique, une liste civile de quelques millions aux souverains que vous avez détrônés, ils sont obligés de prélever sur leur travail une liste civile de plusieurs milliards pour rémunérer les oligarchies qui sont les souveraines du travail national.
Et c’est parce que le socialisme apparaît comme seul capable de résoudre cette contradiction fondamentale de la société présente, c’est parce que le socialisme proclame que la République politique doit aboutir à la République sociale (…).»
En l’absence de cette république poussée jusqu’au bout, l’association des personnes dont la Mutualité a permis (jusqu’à la création de la sécurité sociale de 1945) de pallier le déficit de politique sociale.
La Mutualité s’est donc développée comme société d’entraide, d’échange et de réciprocité remplissant le rôle d’assurances sociales des risques de santé, prévoyance, chômage, etc. dans une logique de non lucrativité avec un fonctionnement démocratique.
La fin de la peur des lendemains est propice à l’émancipation des classes populaires. C’est pourquoi les états n’ont eu de cesse d’organiser la mise au pas de la Mutualité. La charte de 1858 instituée par Napoléon III avait créé une scission toujours actuelle entre un courant mutualiste paternaliste marqué par son rôle de gestionnaire et un courant porteur des revendications ouvrières et d’une vision socialiste de la société.
La première incarnée dans la Fédération Nationale de la Mutualité Française (FNMF) a toujours été réticente aux avancées sociales de l’état. Le point d’orgue de ses refus a été sa réprobation de la création en 1945 de cette grande mutuelle unique qu’est toujours la sécurité sociale. L’ordonnance du 19 octobre 1945 portant statut de la Mutualité a mis un terme au rôle d’assureur social et a ouvert la voie à la création de réalisations sanitaires et sociales nouvelles complémentaires de l’hôpital public.
La république de 2019 n’est toujours pas sociale !
La sécurité sociale recule et les gouvernements néolibéraux accompagnant les directives issues des traités européens remettent la Mutualité dans le champ de l’assurance tout en créant les conditions pour empêcher son œuvre sociale.
En pointant du doigt l’ambition redistributrice de la Mutualité qui ne rémunère pas de propriétaires lucratifs, l’Autorité de Contrôle Prudentielle et de Résolution (ACPR) gendarme des assurances déplore sa rentabilité insuffisante et insiste sur la poursuite de la concentration des organismes, indispensable pour atteindre des économies d’échelle !
Organismes d’économie sociale, les Mutuelles deviennent donc des entreprises solidaires encadrées par l’état et bien incorporées dans le Social Business pour accompagner les politiques d’abandon du social.
Il existe cependant des mutuelles toujours animées par la volonté d’émancipation et restées fidèles aux ordonnances de 1945. Les mutuelles de l’Union Nationale Alternative Mutualiste (UNAM) dont Mutuale, notre mutuelle familiale partenaire fait partie, défendent une prise en charge à 100 % des soins par l’Assurance Maladie Obligatoire.
Il est conséquent et pertinent que les militants laïques y cotisent pour participer, défendre et promouvoir les véritables mutuelles résistantes au rouleau compresseur assurantiel financier capitaliste.
Il est donc logique que l’UFAL les retrouve.

Nicolas Pomiès,
Rédacteur en chef

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Un commentaire

  1. J’ ai appris , avec plus de précisions ce qu’est la différence entre le CNAL …..et l’UFAL  J’ai pourtant milité pour le CNAL (Président de l’amicale laïque de Bondy 93 ) .J’ignorais ce qui différencie le CNAL , et l’UFAL = Se situe plutôt sur le plan des réalisations sociales ! ….Merci de nous enseigner cela .