Le débat sur la fin de vie a repris ses droits à l’Assemblée nationale. Si l’enjeu est celui de la liberté ultime et de la dignité humaine, les forces conservatrices déploient un arsenal d’influence sans précédent pour entraver l’accès à une aide active à mourir. Sous couvert de nouveaux collectifs, c’est une stratégie de lobbying qui tente d’imposer une morale religieuse à l’ensemble de la société.
L’ombre portée des cultes sur la République
On connaît de longue date la position des autorités religieuses. L’an dernier, tous les cultes se sont levés d’un seul bloc contre le projet de loi d’Olivier Falorni au nom de la « sacralité de la vie ». Ils agitent le spectre d’une « rupture anthropologique » dont on peine pourtant à déceler la moindre trace dans les nombreux pays ayant déjà légiféré (Belgique, Suisse, Espagne…)
En privilégiant le dogme sur la réalité clinique des souffrances incurables, ces milieux s’assoient sur la détresse de citoyens contraints à l’exil ou à la clandestinité. Enhardis par une séquence réactionnaire au Sénat le mois dernier — saluée par les officines juridiques conservatrices comme l’ECLJ de Gregor Puppinck— ils entendent désormais dicter leur loi au Palais Bourbon.
De nouveaux visages pour un vieux combat
Pour peser sur le débat, le lobbying catholique traditionnel (Associations Familiales Catholique, Alliance Vita, Fondation Jérôme Lejeune, Fondation OCH) se renouvelle. On connaissait déjà son influence au sein de la SFAP qui se présentant comme société savante et s’arrogeant la représentation «des soignants » délivre en fait un discours dogmatique visant à opposer les soins palliatifs à toute libéralisation sur le cadre de la fin de vie. Son ancienne présidente Claire Fourcade n’était-elle pas signataire en 2015, avec le Dr Alexis Burnod, de la déclaration sur la fin de vie pour l’Eglise catholique de France.
Il avance désormais masqué derrière des groupements « gazeux » qui saturent l’espace médiatique :
- Le collectif « Les Éligibles et leurs aidants » : Porté par Louis Bouffard (également porte-parole des AFC), ce groupe mène une campagne virulente en s’appuyant sur les travaux de la Fondapol. Ce dernier prenait déjà position l’an dernier directement dans les médias du diocèse de Paris.
- Le Collectif Démocratie, Éthique et Solidarités : Cofondé par Laurent Frémont et Emmanuel Hirsch, ce groupe proche de la SFAP se veut une alternative « éthique » au CCNE. Pourtant, peut-on parler d’éthique quand la pluralité des points de vue est absente ? On notera au passage que Laurent Frémont officie au sein du cabinet Coalition, lequel gère justement la communication des « Éligibles »… CQFD.
Le détournement de la lutte « antivalidiste »
Plus surprenant, une frange de militants se revendiquant de l’antivalidisme (Handi-social, CLE Autistes, Les Dévalideurs) rejoint aujourd’hui le camp des opposants les plus radicaux sous la bannière d’un « Front de gauche antivalidiste ».
Leurs figures de proue, comme Elisa Rojas (auditionnée ad nominem par la commission des affaires sociales du Sénat, au mépris des association représentatives de malades) ou Elena Chamorro, dénoncent l’aide à mourir comme l’expression la plus injuste du néolibéralisme. Pour elles, le droit de choisir sa fin de vie ne serait qu’une attaque contre les priorités sociales. Ce discours, relayé par Odile Maurin, infuse chez certains parlementaires une méfiance qui fait le jeu des conservateurs les plus traditionnels.
Pourtant, comme le rappelait l’association ARSLA dans une tribune récente, il est impératif de ne pas confondre vulnérabilité, handicap et maladie incurable. L’autonomie du patient ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de ces confusions sémantiques.
Position très proche de celle prise par le CNCPH, Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées, dans une communication adoptée le 30 janvier 2026.
Pour un débat rationnel et laïque
L’UFAL rappelle que la loi ne doit pas être le reflet d’une morale confessionnelle ou de théories idéologiques marginales, mais l’outil de la liberté de tous. Le libre choix proposé par le projet loi, trés encadré, n’enlève aucun droit à ceux qui ne souhaitent pas faire usage de cette possibilité tout en laissant aux autres cette ultime liberté.
Pour sortir des caricatures, nous avons besoin d’un débat digne, à l’image de la Convention Citoyenne, et non de manœuvres orchestrées par une « moraline » d’un autre âge.
Face au lobbying de la sacralité et aux dérives des militants conservateurs, nous opposons la liberté de conscience et le droit de choisir sa fin de vie. La République doit garantir à chacun le droit de choisir sa mort.