L’Union des Familles Laïques (UFAL), auditionnée le 6 novembre 2025 par la Mission d’information sur les causes et conséquences de la baisse de la natalité en France, prend acte des propositions du rapport déposé par les députés Constance de Pélichy (présidente) et Jérémie Patrier-Leitus (rapporteur). Si l’UFAL se félicite de voir plusieurs de ses positions historiques soutenues, notamment celles visant à rendre la politique familiale universaliste, nous sommes inquiets quant aux effets de bord potentiels de certaines mesures pour les jeunes couples et les plus précaires.
Une approche de la politique familiale enfin universaliste.
Quel que soit le devenir des propositions conclusives de ce rapport, le choix de mettre à égalité les enfants en proposant une allocation dès le premier enfant, sans plafond de ressources et sans modulation, est une avancée idéologique importante dans le débat public. C’est une position que nous avions mise en avant lors de notre audition et nous ne pouvons que saluer cette affirmation d’un universalisme indispensable pour la compréhension et l’acceptation du système de financement de la politique familiale : nous finançons tous, à travers les cotisations sociales notamment, la politique familiale, il est donc impératif que tous en bénéficient pendant la période où ils ont des enfants. Il s’agit ici de rester dans l’esprit de la Sécurité sociale.
La situation actuelle, qui consiste à réserver les allocations familiales seulement à partir du 2e enfant, tout en les modulant en fonction de plafonds de ressources, est mortifère pour la pérennité du système et contre-productive dans le cadre d’une réalisation du désir d’enfant au sein des classes moyennes.
Un plan « Marshal » pour les modes de garde
Nous ne pouvons que soutenir l’idée d’un investissement massif pour augmenter et améliorer les modes de garde pour les familles, c’est un frein réel à la réalisation du souhait d’avoir des enfants. En revanche, nous souhaitons que cet investissement soit fait dans le cadre du Service Public de la Petite Enfance (SPPE), avec des objectifs ambitieux en termes d’offre et un fléchage vers des EAJE publics avec du personnel qualifié et en nombre suffisant. Les contours des propositions nous semblent à préciser ainsi que la composition des Conférences de la Petite Enfance.
Des congés parentaux confortés et égalitaires ?
Lors de notre audition, nous avions insisté sur une approche féministe de la politique familiale qui doit être vectrice d’égalité au sein des couples. Cela passe en partie par la mise en place de congés parentaux bien indemnisés et partagés par les deux parents. Si la proposition du Rapporteur consistant à fusionner l’ensemble des congés existants pour en faire un unique indemnisé de manière proportionnelle les 12 premiers mois, puis forfaitairement jusqu’à l’entrée à la maternelle de l’enfant peut s’entendre dans le contexte actuel, la position « dissidente » défendue par la Présidente de la commission nous paraît plus conforme à nos positions : un congé de 38 semaines, indemnisé à hauteur de 80 % du salaire et avec des périodes obligatoires variables pour la mère et le père. En effet, « rendre le congé paternité obligatoire pour une période de 15 jours contre 7 actuellement » est insuffisant pour permettre une approche égalitaire de la parenté et un partage pérenne des tâches familiales et d’éducation des enfants. Les habitudes se prennent dans les premiers mois après l’arrivée de l’enfant. D’autre part, continuer de promouvoir un éloignement des mères1 du marché du travail avec des congés longs nous paraît délétère, pour leur indépendance financière, leurs carrières professionnelles et leurs droits à la retraite. Mme Constance de Péligny est manifestement plus soucieuse de cet aspect que son collègue.
Le Versement Familial Unique (VFU) : alerte rouge ?
Grande marotte des politiques depuis quelques années : tenter de fusionner tous les systèmes d’aide avec un objectif affiché de simplification, mais avec des gagnants et des perdants pas toujours identifiés et parfois pour des montants importants. Cette proposition de Versement Familial Unique (VFU) ne déroge pas à la règle, malheureusement.
Si son caractère universaliste et son montant forfaitaire important laissent présager une politique très ambitieuse (sans doute une hausse de 50 % du budget actuel), cela ne doit pas empêcher la prise en compte de besoins spécifiques et réfléchir aux situations perdantes. Or, en fusionnant dans le Versement Familial Unique (VFU) diverses prestations familiales, telles que l’Allocation de Logement Familiale (ALF), le complément familial (à destination familles nombreuses à faibles revenus) ou l’allocation de soutien familial (destinée aux familles monoparentales), cela reviendrait dans les faits à faire financer le VFU par une réduction des prestations familiales à destination des familles les plus fragiles et marquées par des besoins spécifiques. La suppression de l’aide au logement familiale serait d’autant plus problématique qu’elle ne serait que partiellement compensée par l’ALS (Allocation de Logement Sociale) voire très partiellement dans les zones tendues où les prix des loyers sont élevés. Les jeunes ménages risquent d’être sacrifiés : des couples sans enfant (mariés ou pacsés depuis moins de cinq ans) qui bénéficient aujourd’hui de l’ALF en seront exclus alors qu’ils devraient être au centre des attentions des pouvoirs publics pour la natalité. En conditionnant toute aide à la présence de l’enfant, le rapport oublie que « se loger mieux est le préalable indispensable pour réaliser sereinement un projet parental ». Supprimer cette aide à l’installation, c’est bloquer la natalité à la racine. L’UFAL appelle à ce que le futur « ministère dédié aux familles » sanctuarise l’aide au logement comme un pilier distinct du soutien financier direct.
La baisse de la natalité est un enjeu de société aux causes multiples qui nécessitent un engagement résolu des pouvoirs publics. Or, le désir d’enfant achoppe aujourd’hui sur la dégradation des conditions matérielles des familles, singulièrement chez les plus jeunes, empêchant de nombreux foyers de disposer un cadre de vie décent pour élever des enfants. La France a pu s’enorgueillir pendant des décennies de l’efficacité de son modèle de protection sociale, qui a permis à notre pays de disposer d’une natalité dynamique parallèlement à un haut niveau d’activité féminine. Or, ce modèle a été largement sacrifié sur l’autel des politiques austéritaires qui ont structurellement affaibli la performance de la politique familiale française. Plus que jamais, il convient d’envisager la politique familiale comme un investissement social de première importance contribuant non seulement à soutenir la natalité, mais également à réduire les inégalités territoriales et sociales tout en offrant aux futures générations des conditions de vie propices à leur épanouissement.
- ce ne sont quasiment que les mères qui prennent le congé parental d’éducation sous sa forme actuelle [↩]