L’UFAL répond à la Fédération Nationale de la Libre Pensée (FNLP) : ce sont les anathèmes politiciens qui divisent les laïques !

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Dans un communiqué du 16 janvier 2018 aux « associations laïques », la FNLP impute à l’UFAL la volonté de « diviser les laïques ». Nous serions affiliés aux « réseaux de Valls and co dans une conception de la laïcité uniquement tournée contre les musulmans » (sic). Quoique ce communiqué frise l’insulte à l’égard de notre association (et nommément de Charles Arambourou), l’UFAL a choisi de répondre à la FNLP, comme elle vient de le faire avec la Ligue de l’Enseignement.

Pour résumer son communiqué, la FNLP n’a pas apprécié que l’UFAL ait relevé sa persévérance dans l’erreur (plus de 3 ans) sur l’affaire Baby-Loup3. Elle nous accuse d’avoir un double visage, favorable à la France insoumise d’un côté, participant de l’autre aux réseaux « antimusulmans » de Valls, dont ferait partie le Collectif Laïque national. Quant au « dénommé Charles Arambourou », il agonirait « d’injures la quasi-totalité des associations laïques » : amabilité parfaitement gratuite, comme vient de le montrer le dialogue entre l’UFAL et la Ligue de l’Enseignement, mené sous la plume du « susnommé ».

Il y aurait de quoi alimenter la polémique : eh bien, l’UFAL ne le fera pas. Nous nous contenterons de rétablir la vérité nous concernant, et de rappeler les orientations claires que nous avons proposées à La Ligue de l’Enseignement pour sortir de la « division des laïques ».

S’agissant de la neutralité religieuse à l’entreprise, notre critique (que la FNLP approuve) de la rédaction de l’art. L1321-2-1 du Code du travail devrait suffire à ne pas nous assigner au camp Valls-El Khomry, dont nous avons toujours combattu la politique.

En revanche, à propos de Baby-Loup, regrettons que la FNLP maintienne une analyse fondée sur une jurisprudence obsolète, définitivement contredite par la Cour de cassation le 24 juin 2014. C’est gênant, pour qui veut remporter de nouvelles victoires en contentieux (nous ne contestons aucunement à la FNLP ses précédentes, qui souvent nous ont réjouis).

À ce propos, l’UFAL précise que son rôle principal d’association familiale, n’est pas de faire du contentieux juridique sur la laïcité : inutile donc de décompter les occasions où elle aurait « gagné en justice ». En revanche, elle rappelle avoir largement travaillé, par les soins de Charles Arambourou, à un recours en Conseil d’Etat contre les accords Vatican-Kouchner de 2008 sur la reconnaissance des diplômes universitaires : la FNLP ne peut manquer de s’en souvenir, qui a fait la même démarche.

Quant au positionnement politique prêté à l’UFAL par la FNLP, non sans contradiction comme on l’a relevé plus haut, il fait fi de nos prises de position officielles et répétées. Nous les rappelons donc ici.

L’UFAL ne s’est jamais, en tant qu’organisation, « déclarée pour la France insoumise ». Si certains de ses membres en font partie, d’autres ont choisi le PS, Génération.s, LREM, diverses organisations – la plupart étant sans affiliation. Une association familiale n’a pas pour vocation de soutenir un mouvement politique, mais de défendre les intérêts des citoyens, des usagers, et de leurs familles.

L’UFAL n’est évidemment pas un soutien de Manuel Valls, dont elle critique depuis toujours, et souvent violemment, les positions antisociales. Quant au Collectif laïque national, dont l’UFAL fait partie avec une trentaine d’associations, parmi lesquelles sept obédiences maçonniques, sa diversité même et l’absence d’unanimité requise en son sein interdisent de le caricaturer comme « instrument » politicien.
L’indépendance politique est en effet un choix fondamental de l’UFAL, qui a justifié sa création en 1988, et qui la différencie d’autres mouvements et associations. Il n’est pas aisé de nous enfermer dans tel ou tel camp politicien ou partisan, qu’il s’agisse de la politique familiale, de l’écologie, ou de la laïcité.

« Sortir des enfermements politiciens (du type « Valls vs Bianco ») qui divisent laïques et républicains » est justement la ligne de conduite qu’a proposée l’UFAL à la Ligue de l’Enseignement, à l’issue de leur dialogue, le 8 janvier 2018. Si l’UFAL a toujours dénoncé les orientations de Manuel Valls, elle a critiqué chaque fois qu’il le fallait (donc souvent) les propos de l’Observatoire de la laïcité et de son président – sans pour autant se joindre à ceux qui demandaient « la tête » de Jean-Louis Bianco en janvier 2016, et tout en reprenant les préconisation de l’Observatoire sur l’enseignement religieux en Alsace-Moselle.

Dans le texte cité, l’UFAL répondait également à La Ligue : « Ce n’est certes pas à nous qu’il faut conseiller de « considérer les autres intégrismes [que l’islamisme]et toutes les menaces contemporaines sur la liberté de conscience ». « Fous de dieu » catholiques, Eglise officielle, Evangéliques, crèches Loubavitch, etc. sont régulièrement dénoncés sur nos médias. » Ajoutons que, dès les polémiques d’août 2016 sur le « burqini », nous avons rappelé, quitte à froisser quelques amis, que le port de signes religieux dans l’espace public était libre – avant même que le Conseil d’Etat ne se prononce.

Car il s’agit bien d’un positionnement fondamental : ou l’on dénonce TOUS les cléricalismes, ou l’on renonce à la laïcité. L’UFAL a rejeté de ses rangs les partisans d’une laïcité « identitaire », et toujours dénoncé la récupération de la laïcité par l’extrême-droite dans un but raciste, seule la religion musulmane étant visée. En témoignent toutes les prises de position de notre commission laïcité depuis des années, ainsi que les travaux de notre amie Catherine Kintzler, qui analyse et critique en permanence « l’ultra-laïcisme » qui prétend éradiquer de l’espace public toute expression religieuse.

Mais là commence justement notre divergence avec la FNLP, et sans doute avec plusieurs prises de position passées de La Ligue, nous le lui avons écrit. Il serait aussi peu honnête de le dissimuler, que sot d’en faire un prétexte à division irréconciliable des laïques.

Quand la FNLP, à propos de Baby-Loup, pourfend « ceux qui rêvent d’effacer la présence des musulmans de la surface de la terre », à qui fait-elle allusion ? Aux personnalités et associations qui ont soutenu cette crèche laïque ? A la Cour de cassation qui a dit que le règlement intérieur pouvait, au nom de la liberté de conscience des jeunes enfants, exiger la neutralité religieuse des salariés parce qu’ils étaient tous en contact avec les bébés et leurs parents ? Nous ne voulons pas le croire.

D’ailleurs qui donc rêverait de « l’éradication » de quelque religion que ce soit – projet aussi vain que liberticide ? Certainement pas les laïques, qui réclament « seulement » le respect de la liberté de conscience, et la séparation, rempart contre le cléricalisme. Alors, l’UFAL, à son tour, s’interroge : une association qui se veut laïque peut-elle sans se contredire prendre la défense d’une seule religion (l’islam) et ne dénoncer que le cléricalisme d’une seule autre (le catholicisme) ? A la FNLP de répondre.

Pour sa part, l’UFAL traite à égalité toutes les religions, mais combat aussi tous les cléricalismes, y compris donc celui qui se réclame de l’islam. Elle ne confond pas la pratique d’un culte (liberté fondamentale) avec ses dérives extrémistes, ni n’assigne les individus à la culture ou à la religion d’où ils sont issus – fondement du racisme, au-delà de l’apparence physique.

Nos positions « claires et sans équivoque » étant rappelées, ainsi que nos divergences avec d’autres associations, nous partageons l’idée que « la pluralité du mouvement laïque est un gage de démocratie réelle ». Cette pluralité implique qu’on puisse critiquer, voire déplaire, sans être accusé de « diviser les laïques » : au moins qu’on ne s’insulte pas, convenons-en une fois pour toutes.

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