🎧 I tréma #5 : « Français, encore un effort pour rester laïques » de Renée Frégosi

I tréma est une émission littéraire de Laïcidade , la chaine de baladodiffusion (podcast) de l’UFAL, animée par Philippe Foussier de l’UFAL Paris qui présente des livres pour faire la République laïque et sociale.

Dans I tréma #5, c’est le livre de Renée Frégosi « Français, encore un effort pour rester laïques» qui fait l’objet de la recension à écouter sur toutes les plateformes.

« Français, encore un effort pour rester laïques » de Renée Frégosi

Docteur en philosophie et en science politique, enseignante Ă  l’UniversitĂ© Paris 3, longtemps directrice du dĂ©partement international du PS, RenĂ©e Fregosi propose un panorama qui balaie le processus d’édification de la laĂŻcitĂ© française mais aussi une approche gĂ©opolitique qui permet notamment de replacer la question de l’islam dans un contexte plus gĂ©nĂ©ral que sa traditionnelle lecture Ă  l’aune des enjeux hexagonaux. DĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ©es dans son prĂ©cĂ©dent livre (Les Nouveaux autoritaires. Justiciers, censeurs et autocrates, Ă©d. du Moment, cf. Humanisme n° 311, mai 2016), les problĂ©matiques de basculement vers des rĂ©gimes autoritaires, « dĂ©mocratures Â» et autres populismes justicialistes, sont ici convoquĂ©es pour apprĂ©hender la manière dont les courants religieux conservateurs accompagnent ce mouvement sur tous les continents. La « police des mĹ“urs Â», la « rĂ©gression puritaine Â» constituent en effet des caractĂ©ristiques dont nous constatons la propagation tant en Europe de l’Est qu’en AmĂ©rique latine, au Moyen-Orient comme en Afrique. Et l’Europe de l’Ouest, longtemps Ă  l’écart de telles tendances, est dĂ©sormais frappĂ©e Ă  son tour de plein fouet par ces phĂ©nomènes.

Relativisme uniformisant

RenĂ©e Fregosi creuse par ailleurs utilement le lien entre laĂŻcitĂ© et dĂ©mocratie en pointant la multiplication de phĂ©nomènes sociaux entraĂ®nant le dĂ©litement de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral. Elle cite ainsi « l’abandon de territoires par les pouvoirs publics Ă  des formes substitutives – communautaires et mafieuses – de solidaritĂ©s et de secours, le dĂ©veloppement de zones de non-droit, le renoncement Ă  une intĂ©gration culturelle universaliste par des moyens diffĂ©renciĂ©s adaptĂ©s, le renoncement Ă  une redistribution continue du capital vers le travail et Ă  un encadrement rĂ©publicain de l’ascension sociale ». Dans un tel contexte social, la laĂŻcitĂ© est nĂ©anmoins frĂ©quemment invoquĂ©e pour tenter de rĂ©soudre des problèmes qui ne relèvent pas de son champ. Ses adversaires – qui sont souvent des tenants du modèle communautariste anglo-saxon – sont dès lors trop heureux de pouvoir en dĂ©noncer un recours abusif ou alors son impuissance et son inadaptation. L’auteur ajoute : « Comme l’avait pressenti Tocqueville, se manifestent Ă©galement des effets pervers (Ă©goĂŻsme, repli identitaire, intolĂ©rance Ă  l’Autre, consumĂ©risme frĂ©nĂ©tique, perte de la transmission) de l’individualisme, base de la dĂ©mocratie moderne qui, sans associations et actions collectives compensatrices, atomise le corps social et affaiblit d’autant le courage personnel de la prise de dĂ©cision ». Mais, explique RenĂ©e Fregosi, « les remèdes proposĂ©s aujourd’hui sont sans doute pires que le mal : les visĂ©es collectives auxquelles on nous convie trop souvent, tant dans les partis politiques que chez les intellectuels, sont moins politiques, universalistes et responsabilisantes qu’identitaires, relativistes et uniformisantes ».

Laïcité et féminisme

L’ancienne directrice de l’Institut socialiste d’études et de recherche (ISER), engagĂ©e Ă  l’âge de 16 ans au MLF, consacre un chapitre fort stimulant au rapport entre fĂ©minisme et laĂŻcitĂ©. Ceux qui nient le lien entre les deux combats pourront lire avec profit ce dĂ©veloppement, qui ne manque pas de rappeler les controverses qui caractĂ©risaient dĂ©jĂ  le mouvement fĂ©ministe dans les annĂ©es 70, lesquelles prennent aujourd’hui un tour nouveau. RenĂ©e Fregosi condamne les « nĂ©o-fĂ©ministes Â» qui, « en naturalisant LA femme et les relations homme/femme, en arrivent Ă  nier les dimensions historique et culturelle de l’oppression des femmes et, partant, toute diffĂ©rence entre les situations des femmes Ă  travers le monde et les sociĂ©tĂ©s Â». A l’opposĂ© d’une lecture essentialiste ou relativiste de la place de la femme dans la vie sociale, elle en appelle au contraire au « combat laĂŻque de l’émancipation des individus libres de corps et d’esprit Â». Un plaidoyer tonique, Ă  l’image du livre dans son entier.

Dans Humanisme 2019/2 (N° 323), pages 123 Ă  124
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Au sujet de l’auteur

L'Union des FAmilles Laïques est un mouvement familial qui défend la laïcité, une vision progressiste et non familialiste de la famille, la protection sociale et les services publics, le féminisme, l'école républicaine, le droit au logement et l'écologie

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