Lien gouvernement : dossier de presse — Congé supplémentaire de naissance (mai 2026)
Avec la publication au Journal officiel du 30 mai 2026 des décrets d’application du congé supplémentaire de naissance (décrets n° 2026-419 et n° 2026-425 du 30 mai 2026, pris pour l’application de l’article 99 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026), un nouveau droit pour les familles devient enfin opérationnel au 1ᵉʳ juillet 2026.
L’Union des Familles Laïques (UFAL) salue cette avancée qu’elle appelait de ses vœux : chaque parent pourra bénéficier d’un congé indemnisé d’un à deux mois, pris simultanément ou en alternance, fractionnable, après épuisement des congés de maternité, de paternité et d’accueil de l’enfant ou d’adoption. Étendu aux salariés, indépendants, non-salariés agricoles, agents publics et travailleurs en ESAT, ouvrant des droits à la retraite, ce congé constitue un progrès réel pour l’accueil de l’enfant, la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, et l’égalité entre les femmes et les hommes.
Mais saluer le principe ne dispense pas d’en pointer les insuffisances. Pour l’UFAL, en l’état, ce congé ne sera ni pleinement opérationnel, ni pleinement juste. Rappelons par ailleurs que l’instauration de ce nouveau congé supplémentaire est très éloignée de l’ambition de la directive européenne de 2019, qui impose aux États membres d’instaurer un congé parental de 4 mois pour chaque parent. Nous pouvons regretter que la France ait délibérément fait le choix de retarder l’entrée en vigueur de cette mesure et de transposer a minima cette directive européenne, pour des raisons essentiellement budgétaires.
Les manques qui empêchent une réelle effectivité
Une indemnisation dégressive et plafonnée qui décourage le second parent. Le niveau d’indemnisation et la dégressivité de la nouvelle prestation suscitent une certaine déception. Indemniser le congé à 70 % du salaire net le premier mois, puis 60 % le second, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale, est assez éloigné de l’ambition que porte l’UFAL d’un congé de naissance qui garantirait un véritable maintien de salaire des bénéficiaires. Cette dégressivité pénalise d’abord les familles modestes, qui ne pourront supporter une telle baisse de revenu, et risque de dissuader le second parent — le plus souvent le père — de prendre le congé, voire de le prendre en entier. Cette restriction est renforcée par le fait que la nouvelle prestation ne sera pas cumulable avec les prestations familiales d’accueil du jeune enfant (CMG et PreParE). L’objectif affiché d’égalité entre les femmes et les hommes s’en trouve directement fragilisé.
Des délais d’indemnisation qui risquent d’être allongés pour les premières familles bénéficiaires. Si nous saluons l’avancée du calendrier, qui permettra à plus de parents d’en bénéficier, il est important que les familles ne fassent pas les frais de délais d’indemnisation et de démarches administratives plus lourds que prévu. Il faut que le gouvernement apporte des garanties sur les délais de versement et un accompagnement clair des assurés comme des employeurs. Le gouvernement doit également garantir des moyens suffisants aux organismes gestionnaires de cette nouvelle prestation (les CPAM), durement affectés par les restrictions budgétaires, afin qu’ils puissent assurer un versement rapide et effectif.
Un financement injuste au détriment de l’ensemble des familles
L’UFAL dénonce avec la plus grande fermeté le mode de financement retenu. Cette nouvelle dépense est gagée sur des économies réalisées au détriment des familles elles-mêmes, à travers le report de l’âge de la majoration des allocations familiales de 14 à 18 ans. Autrement dit, on finance un droit nouveau pour les familles en rabotant un droit existant pour ces mêmes familles — au premier rang desquelles les familles nombreuses et modestes, dans un contexte où la pauvreté des enfants progresse.
Ce choix est d’autant plus injustifiable que la branche Famille de la Sécurité sociale est excédentaire : elle n’avait nul besoin de ponctionner les allocations familiales pour financer ce congé.
Surtout, l’équation budgétaire est trompeuse. Le coût du congé supplémentaire de naissance est immédiat et borné, tandis que les économies tirées du décalage de la majoration de 14 à 18 ans sont appelées à croître année après année : à mesure que de nouvelles classes d’âge d’adolescents de 14 à 18 ans seront privées de cette majoration, le montant prélevé sur les familles deviendra, à terme, très supérieur au coût du congé. Sous couvert d’une mesure familiale, c’est un transfert net au détriment du pouvoir d’achat des familles qui se met en place dans la durée.
L’UFAL demande
- La suppression de la dégressivité de l’indemnisation, ou à tout le moins un relèvement du taux, afin que le congé soit réellement accessible aux deux parents et aux familles modestes, voire son possible cumul avec les autres prestations d’accueil du jeune enfant, en particulier le complément de mode de garde versé par la CAF.
- Des garanties sur les délais d’indemnisation et un accompagnement effectif des familles et des employeurs dès le 1ᵉʳ juillet 2026.
- L’abandon du financement par le report de la majoration des allocations familiales de 14 à 18 ans, et plus largement le respect de la branche Famille, excédentaire, au service des familles.
L’UFAL restera mobilisée pour que ce congé de naissance, qu’elle soutient dans son principe, devienne un droit pleinement opérationnel, universel et financé de manière juste — et non une avancée payée par les familles elles-mêmes.