UN MONDE DE FOUS : Critique d’un livre, début d’une rubrique

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Notre ambition est de créer sous ce titre « un monde de fous » une rubrique des « non-conformes », des « a-normaux » et autres différents. Les néolibéraux se servent de tous les laissés pour compte comme de boucliers humains. Dans une société qu’ils veulent amnésique et violente, nous avons l’obligation de créer, tous ensemble, la « cité » : dénoncer les attaques, organiser la solidarité, relayer les informations et soutenir ceux qui résistent à la fascisation de cette société. Leur loi de la jungle sclérose les différences pour diviser, englue toute velléité de penser autrement dans un conformisme charitable et organise le communautarisme des handicaps.
Face au monde de fous qu’ils nous créent, tous humains, ensemble, osons créer un monde de citoyens !

« Un monde de fous : comment notre société maltraite ses malades mentaux »
Patrick Coupechoux, Éditions du Seuil, Paris janvier 2006, 19 euros (ISBN 2-02-081254-1)
Préface de Jean Oury
Flatter l’opinion en privilégiant la sécurité publique est une régression historique majeure qui omet les risques d’eugénisme, une réalité en Allemagne nazie et sous la France de Pétain. Sont oubliées également les luttes de la Libération contre l’aliénisme asilaire, leur volonté de placer l’être humain au centre du système de soins, qui ont donné naissance au « secteur », service ouvert plus proche de la population. Ce livre dense présente une analyse rigoureuse de cette construction sociale de la peur des fous et des pratiques d’accompagnement, en France.
Aujourd’hui, le système est remis en cause par une société individualiste, obsédée de sécurité, où la compétition exclut les personnes les plus faibles. De nouveaux psychotropes réducteurs de symptômes aigus, quelques thérapies rapides (Cognitivo-Comportementales), sont jugées suffisants pour traiter des malades en objets de soins. Les restrictions budgétaires de l’État réduisent le nombre de lits à l’Hôpital Public qui doit se limiter au traitement de l’urgence par des séjours brefs, et aux cas chroniques très lourds. Les malades sont renvoyés dans leur famille, à la vie ordinaire, y compris en errance, sans psychothérapie ni suivi régulier faute de moyens appropriés. La collectivité se décharge sur les familles, qui ont créé des associations d’écoute et d’entr’aide, sans toutefois réussir à obtenir un réel partenariat soignants-soigné-famille. L’égalité d’accès et la continuité des soins sont exposées au risque d’une médecine à deux vitesses : les pathologies les plus faciles ou rentables pour le privé et les autres pour le secteur public. La coopération entre les deux au nom de la bonne gestion d’un territoire commun peut conduire à une privatisation rampante.
Pourtant, de nombreuses expériences porteuses d’espoir montrent qu’il est possible de faire autrement. Des essais en Catalogne pendant la guerre civile espagnole, l’autogestion de l’asile de Saint-Alban en Lozère pendant l’occupation en France, puis celle de la clinique de La Borde, ont créé les bases de la psychothérapie institutionnelle en milieu fermé. L’effervescence de la Libération a produit d’autres innovations : analyse et réforme de la loi de 1838 sur l’internement, projet d’organisation d’un service public assurant la continuité des soins en tous lieux (prévention, prophylaxie, cure et post-cure), recherche scientifique sur la maladie mentale. Elle a produit aussi des prototypes d’institutions : association de santé mentale du XIII°arrondissement de Paris, associations privées caritatives (l’Élan retrouvé, les Croix Marines,…), clubs externes de malades, hôpitaux de jour, centres de réadaptation fonctionnelle.
Lire ce livre c’est tirer les leçons de l’Histoire pour trouver les moyens de résister à la judiciarisation ambiante et à l’idéologie sécuritaire qui se répandent dans les pays libéraux. Par l’information du grand public, luttons contre les déviations idéologiques simples privilégiant la sécurité publique plutôt que la santé mentale (prévention, amélioration de l’accès aux soins, aide aux aidants) et la solidarité humaine avec l’autre, quels que soient sa détresse et son esseulement.

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