Psychiatrie et sécurité : « Ne pas se tromper de cible »

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Vendredi 2 avril, un drame dans le métro parisien s’est produit donnant lieu à un important émoi médiatique et  du public. Si nous ne pouvons que regretter vivement cet événement, nous pensons nécessaire de laisser aux protagonistes du temps, de la sérénité et du calme pour traiter et analyser ce qui a conduit à ce drame avant de tirer des conclusions définitives.
Bien sûr tout doit être mis en œuvre pour que de tels drames, aussi rares soient-ils, ne se produisent pas. Nous rappelons toutefois que les personnes dites « malades mentales » ne sont pas plus dangereuses que le reste de la population. Au contraire,selon des études, elles sont 11 fois plus souvent victimes de crimes et 140 fois plus souvent victimes de vols.
Devant cette tragédie, certains pensent que l’arrivée d’une nouvelle loi tendra à limiter voire à mettre un terme final à ce genre de situations en soutenant que le risque zéro ne serait pas impossible. Toutefois, faire croire que le risque zéro existe en psychiatrie relève au mieux d’ignorance, au pire de malhonnêteté, alors même qu’il n’existe dans aucun autre domaine.
Les défauts de suivi par les équipes de secteur proviennent dans leur majorité du manque de moyens humains en nombre et en qualification, conséquences de la gestion actuelle du champ sanitaire. Le manque de personnel est également renforcé par un manque de lien et d’investissement thérapeutique du côté des soignants, effet induit par une psychiatrie dite « moderne » centrée sur le symptôme et la gestion à flux tendu.
Or depuis plusieurs mois nous ne cessons de formuler des propositions afin d’enrayer de telles catastrophes. Un soin psychique qui se voudrait de qualité répondrait à ces différents manquements par des moyens avant tout humains, une formation adéquate des professionnels et l’abandon d’une conception des soins qui se réduirait au seul médicament.
De fait, le projet de loi sur la psychiatrie diffusé le 22 mars 2010 ne va pas dans le bon sens en risquant d’aggraver la situation actuelle déjà précaire.
En assimilant la maladie mentale à une dangerosité qu’il s’agirait de contrôler, en réduisant les soignants et notamment les psychiatres à des positions expertales plutôt que soignantes, en demandant à la psychiatrie de n’être plus que la garante de l’ordre public au détriment des libertés fondamentales, ce projet de loi achève de démanteler les outils de soins, et notamment le système hospitalier.
Toutes ces dispositions qui nous sont promises n’arrangeront en rien le désarroi des familles ayant un proche dans le déni des troubles refusant de se faire soigner.

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire s’oppose fermement au futur projet de réforme de la loi de 1990 y intégrant les « soins » sous contraintes en ambulatoire qui n’ont plus de soin que le nom puisqu’il s’agirait plus d’un « traitement » des populations à risque qu’un soin relationnel tel que le pratiquent les équipes qui en ont encore les moyens.
C’est avec conviction et détermination que nous nous opposons à la dérive sécuritaire de la psychiatrie qui verrait amalgamer le soin à celui du contrôle social des individus et des populations. C’est avec la même détermination que nous travaillons avec tous pour créer une psychiatrie soignante digne de ce nom, et non uniquement enfermante et stigmatisante. Il en va de notre éthique et de notre déontologie professionnelle.

communiqué du 5 avril 2010
www.collectifpsychiatrie.fr

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