Europe et médicaments

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Les firmes pharmaceutiques sous prétexte d’améliorer l’observance des traitements médicamenteux tentent de passer outre l’interdiction de faire de la publicité.
L’Ufal est membre du Collectif Europe et médicaments. Nous considérons que les conflits d’intérêts sont des dénis de laïcité économique.
La défense de la compétitivité des industriels (intérêts privés) ne doit en aucun cas prendre le pas sur l’intérêt de la santé publique (intérêt public). La frontière entre la sensibilisation et la promotion à de nouveaux médicaments, l’information et la création de nouvelles maladies est de plus en plus ténue. C’est la sécurité sociale qui solvabilise les malades dans cette stratégie où l’industrie serait gagnante sur tous les tableaux, mais où les assurés payeurs ne seraient pas mieux soignés, ni en meilleure santé.
C’est pourquoi nous relayons le dernier communiqué de presse du collectif.
Un dossier documentaire complet « Mainmise des firmes pharmaceutiques sur l’information santé en Europe » est disponible sur Internet.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Le 5 décembre 2007
Communication directe des firmes pharmaceutiques avec le grand public : non merci !
Le Collectif Europe et Médicament, Health Action International (HAI) Europe, l’International Society of Drug Bulletins et l’Association Internationale de la Mutualité sont, comme un grand nombre de citoyens européens, de plus en plus inquiets de la marchandisation du domaine de la santé et appellent leurs représentants au Parlement européen à la vigilance sur ce dossier.
Les signataires de ce communiqué appellent à une réorientation des travaux de la Commission européenne dans le sens de l’intérêt des patients, conformément à sa mission de protection de la santé publique (article 152 du Traité instituant la Communauté européenne), avant toute proposition de modification législative dans les domaines concernés. La défense de la compétitivité des industriels ne doit en aucun cas prendre le pas sur l’intérêt de la santé publique.

CONTEXTE EUROPÉEN

Malgré le rejet massif par les députés européens, en 2003, de la tentative de faire légaliser la publicité directe aux consommateurs pour les médicaments de prescription, les firmes n’ont de cesse de réclamer l’accès direct aux patients, considéré comme la clé stratégique de l’élargissement de leur marché.
La Commission européenne soutient les firmes dans leur démarche et multiplie les consultations pour tenter de convaincre l’opinion publique, occultant les risques pour la santé des citoyens et la pérennité financière des systèmes de santé des États membres.
Des conflits d’intérêts insurmontables, reconnus par les firmes pharmaceutiques elles-mêmes.
Lors de la consultation organisée par la Commission en juin 2007, les firmes pharmaceutiques ont reconnu elles mêmes que les frontières entre les informations qu’elles fournissent et la publicité ne sont pas claires (1). C’est bien la démonstration du peu de crédit que l’on peut accorder au projet de la Commission consistant à autoriser les firmes à communiquer directement auprès des patients sur les médicaments de prescription : prétendre maintenir l’interdiction de publicité pour ces mêmes médicaments ne serait alors plus qu’un leurre (2).
En effet, dans un environnement très concurrentiel, les firmes pharmaceutiques sont tenues de défendre les médicaments qu’elles commercialisent au détriment des autres moyens préventifs ou curatifs, rendant l’information qu’elles délivrent promotionnelle par nature. Leurs conflits d’intérêts ne leur permettent pas de fournir aux patients d’informations comparatives fiables.
Des contrôles illusoires, qui ne protègent pas des abus.
Les échecs des contrôles de la publicité directe auprès des patients aux États-Unis ou de la publicité directe auprès des médecins en Europe ont démontré leur inefficacité. Les.autorités de contrôle se limitent à constater trop tard les abus, souvent après les premiers dégâts, et peinent à faire appliquer leurs sanctions (3,4). Qui peut raisonnablement croire que les mesures proposées par les firmes (.autorégulation. sur la base d’un.code de bonne conduite. etc.), de faible valeur juridique, permettraient de sécuriser efficacement la communication auprès du grand public ?
Des propositions concrètes.
L’information des patients doit leur permettre d’analyser ce qui les préoccupe, leur donner une idée réaliste de l’évolution de leur état de santé, les aider à comprendre si des investigations sont nécessaires, si des traitements existent et ce qu’ils peuvent en attendre, et les aider à faire ou à partager des choix parmi les options disponibles (5).
Une véritable volonté d’amélioration supposerait de :

  • mettre fin à la confusion des rôles entre l’industrie pharmaceutique et les autres acteurs, en faisant appliquer la réglementation européenne sur la publicité pour les médicaments ;
  • ne pas affaiblir la portée des articles 86 et 88 de la Directive 2001/83/CE, seuls garde-fous à une dérégulation totale de la communication des firmes auprès du public (a) (6) ;
  • reconnaître que les firmes ont un rôle bien spécifique à jouer pour une meilleure utilisation des médicaments, strictement limité à l’amélioration de la qualité et de la lisibilité de l’étiquetage et des notices conformément à la législation (b) ;
  • reconnaître l’existence des nombreuses sources d’information indépendantes de qualité accessibles dans les différents États de l’Union européenne et les renforcer (5) ;
  • renforcer et valoriser le rôle d’information des soignants de proximité ;
  • garantir la transparence des agences des produits de santé pour que le public accède aux données d’évaluation de l’efficacité et des risques, avant et après mise sur le marché ;
  • permettre aux patients de participer directement à la notification des effets indésirables des médicaments, contribuant ainsi à un meilleur usage des médicaments.

Signataires
Le Collectif Europe et Médicament, HAI Europe, L.AIM, L.ISDB,

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