Un internationalisme laïque et républicain ?

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Quelles tâches avons-nous pour œuvrer pour un internationalisme laïque et républicain ?

Cette question est d’importance dans la période. Sauf à être des « bougistes », c’est-à-dire des camarades qui bougent pour bouger, qui pratiquent le mouvement pour le mouvement dans un avenir sans futur, qui se déterminent par rapport aux conflits internes des organisations sans les relier à son environnement idéologique, politique et international, il est nécessaire de s’arrêter un instant pour réfléchir. Pourquoi le mouvement altermondialiste est en crise et en régression ? Pourquoi la gauche anti-libérale a, en France, implosé alors qu’elle s’est rassemblée en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique ? Sans parler de l’Amérique latine ! Pourquoi le non de gauche au TCE (31,3% dans les sondages à la sortie des urnes),majoritaire à gauche et dans le non, implose devant la première confrontation électorale laissant la compétition se faire entre le oui de gauche, le oui de droite et le non de l’extrême droite. Dans ces conditions, quoique vous fassiez dans l’isoloir, votre acte ne sera pas à la hauteur des enjeux ! Donc, parce que vous n’êtes pas pour la politique du pire, vous ferez sans doute un vote contre l’extrême droite et la droite néolibérale.
Mais pourquoi dans le même temps, l’UFAL est en forte progression ? Pourquoi certaines organisations régressent et d’autres progressent ?
Il faudra bien un jour regarder les différences de ligne stratégique pour comprendre !
Le patriotisme d’organisation ne suffit plus pour aller au bout de la réflexion politique sur la meilleure praxis (dialectique entre théorie et pratique) pour  résoudre le paradigme de la période.
L’avenir n’appartiendra ni aux extrémismes de l’extrême centre, ni à la confusion idéologique, ni à ceux qui continueront avec des idées qui, majoritaires chez les militants altermondialistes et antilibéraux, sont en contradiction avec les intérêts du peuple à commencer par les couches populaires (ouvriers, employés). On peut avoir raison contre son peuple quand celui –ci suit les démagogues et autres manipulateurs, mais on a jamais raison contre les intérêts immédiats et généraux du peuple.
L’avenir n’appartiendra pas non plus à ceux qui veulent copier des solutions d’hier (la troisième république, pour les uns, ou les méthodes de l’Ancien régime comme donner le pouvoir à une alliance entre une nouvelle noblesse et un nouveau clergé contre le Tiers Etat le tout dans un consensus de bon aloi, pour les autres! ) mais pas plus à ceux qui jettent le bébé avec l’eau du bain c’est-à-dire jettent tous les acquis du mouvement ouvrier et du mouvement laïque et républicain largement interdépendant dans la réalité française et dans beaucoup d’endroits du monde.

Jeter le bébé avec l’eau du bain revient à se couper du peuple en général et des couches populaires en particulier qui ne considèrent, et à juste titre, le futur qu’en continuation ou en dépassement du passé et de l’existant tout en articulant les tentatives de victoires partielles avec un objectif plus lointain.
Et pour une partie de ceux qui jettent le bébé avec l’eau du bain dans le mouvement altermondialiste ou dans la gauche anti-libérale , ont-ils conscience de  devenir les idiots utiles du turbocapitalisme et de son idéologie néolibérale ,c’est-à-dire pire que les sociaux-libéraux eux-mêmes, ce qui n’est pas peu dire.

MARCHER SUR CES DEUX JAMBES

De là découle la tâche principale de l’heure : organiser dans le premier semestre 2007 un travail d’éducation populaire tourné vers l’action auprès des militants tout en continuant le travail d’éducation populaire vers les citoyens. Ne pas faire comme si l’idéologie actuelle des militants suffisait à faire le travail d’éducation populaire vers les citoyens. Tenir les deux bouts du travail d’éducation populaire ! Car les citoyens, s’ils ne sont pas capables, spontanément, de proposer un projet alternatif au turbocapitalisme, sont par contre tout à fait capable, de refuser les impasses proposées par des équipes militantes aliénées par des leurres idéologiques.
Les camarades aliénés par des leurres idéologiques résistent à la critique de leur incohérence par le refus de travailler sur l’ensemble du champ de la pensée et de l’action prétextant que cela les entraînerait  dans un « proto-parti ». Rien n’est plus faux. Le refus de soutenir ou de présenter des candidats aux élections et de ne pas travailler à un programme précis suffit pour ne pas être dans le « champ politique » et de rester dans le champ du mouvement social. Notre seul objectif doit être notre travail d’éducation populaire tourné vers l’action dans le mouvement social. Mais pour cela, nous ne pouvons pas refuser de répondre aux questions du peuple et refuser de travailler à une cohérence globale. Notre but intellectuel est de produire un ensemble cohérent de principes appliqué aux différents domaines d’intérêt par les peuples. Nous ne dirons jamais assez que le mouvement altermondialiste et la gauche anti-libérale sont aujourd’hui traversés par des pensées incohérentes et donc perdantes.
Nous ne pouvons donc pas ne pas prendre ce problème à bras le corps.

LES ATELIERS DE FORMATION : TACHE PRIORITAIRE !

Cette tâche doit être, à mon sens, prioritaire sur toutes les autres. Elle impose, pour ceux qui en seront convaincu, de programmer des ATELIERS DE FORMATION dans les lieux de militance pour nous tous aux fins d’homogénéiser notre praxis (dialectique théorie –pratique). Vous trouverez ci-après une proposition à discuter du contenu possible de ces ATELIERS DE FORMATION. Cette tâche qui est en cours à l’Ufal, dans certaines entités de la gauche anti-libérale et d’Attac, dans des structures syndicales et dans des mutuelles résistantes, doit être généralisée au maximum. C’est à la multiplication de ces ATELIERS DE FORMATION là ou se trouvent les camarades que nous devons nous atteler.
Laisser libre cours aux choix organisationnels des camarades mais leur proposer ces ateliers de formation, voilà  la tâche principale de l’heure. Etre capable de leur proposer les animateurs manquants est une nécessité. Je vous propose de nous atteler collectivement à cette tâche. Je propose ci-après les intitulés des modules à votre sagacité et vos propositions. Que ceux qui veulent être moteur dans ce travail (y compris dans les tâches politico-administratives si nécessaires !) m’écrivent sur bernard.teper@ufal.org, nous travaillerons, en bonne intelligence avec toutes les structures organisationnelles, en commun à égalité de droits et de devoirs pour réaliser cette tâche qui doit s’effectuer dans le premier semestre 2007. Nous pourrons ensuite faire le point à la fin du semestre un fois connu le résultat de notre travail d’éducation populaire ,le nom présidentiel et la majorité législative.
Nous serons donc alors dans une autre séquence avec d’autres tâches à effectuer. A chaque séquence sa tâche principale.
Construisons, tous ensemble, notre chemin commun,

MODULES DE FORMATION PHILOSOPHIQUE, SOCIALE ET POLITIQUE

•    A-Compléter l’analyse du turbocapitalisme pour la rendre opérationnelle
Force est de constater que les analyses du turbocapitalisme et de ses politiques néolibérales sont, dans le mouvement altermondialiste et dans la gauche anti-libérale, souvent incomplètes.
Je propose, dans les ateliers de formation, l’étude des caractéristiques suivantes :
1) le processus de marchandisation et de privatisation généralisées des activités humaines
2) la chute ,en 25 ans ,des 10 points de PIB dans la valeur ajoutée
3) l’harmonisation par le bas des systèmes de protection sociale. La politique des idiots utiles du turbocapitalisme.
4) l’alliance des néolibéraux et des néocommnautarismes voire des intégristes. La politique des idiots utiles du turbocapitalisme.
5) La généralisation des quatre libre-échange comme politique cosubstancielle du néolibéralisme. La politique des idiots utiles du turbocapitalisme.

•    B- Quelles relations Nord-Sud ? Quelles relations avec les autres grandes puissances ? Quel internationalisme laïque et républicain ?

Rejetons le souverainisme nationaliste comme l’altermondialisme sans frontières. Pour cela, retrouvons la force historique de l’internationalisme laïque et républicain. Proposons alors les mécanismes de fonctionnement de cet internationalisme.
Replaçons à l’intérieur de ce nouvel internationalisme retrouvé les politiques de l’immigration et du développement de tous les pays.

•    C- Quel Europe pour quel projet culturel et politique ?

Derrière notre opposition aux politiques néolibérales de l’UE, il est nécessaire de ne pas faire comme si toutes les idées se valaient.
Il faut montrer quels sont les enjeux des différents projets pour l’Europe.
Il convient de répondre aux questions : quelles sont les limites de l’Europe, quel doit en être son organisation politique ? Ses relations avec les Etats-nations ? Comment sortir du débat stérile entre confédéralisme et fédéralisme ?

•    D- Quelle politique économique pour le plein emploi ?

L’idéologie du «  plein emploi n’est plus possible, faisons de l’assistance pour tout le monde » se développe y compris dans le gauchisme culturel ou se développe l’idée du revenu d’existence, sorte de RMI pour tous. Cette dérive, comme le RMI, la CMU, etc.
ne résout aucunement l’injustice et l’insécurité sociales.
Il convient donc de construire un discours de résistance contre cette adaptation au turbocapitalisme.

•    E- Pour une protection sociale solidaire
C’est le principal enjeu de la privatisation généralisée par son importance financière de premier budget humain (+de 80% au –dessus du budget de l’Etat en France tous ministères confondus, 30% du PIB en France, +de 32% en Suède). Ne pas résister dans ce secteur, c’est accepter le turbocapitalisme et ses politiques néolibérales.
Nous devons reprendre les deux mots d’ordre du Conseil national
de la résistance : « à chacun selon ses besoins en contribuant selon ses moyens » et « organisons la solidarité de la naissance à la mort » comme pierre angulaire de notre projet de société.

•    F- Pour des services publics laïques et républicains

Contrairement aux textes des gauchistes culturels, il n’a pas que la problématique de lutte contre les privatisations qui importe.
Tout simplement parce qu’il n’y aura aucune mobilisation sur une simple défense passive de l’existant qui n’était déjà pas une panacée pour le peuple à commencer par les couches populaires.
Par l’application de la laïcité économique qui sépare la sphère économique privée de la sphère économique publique, il faut se poser le problème suivant : quel secteur doit être en service public géré par une logique citoyenne (sans logique du marché) et quel secteur doit rester sous la logique du marché dans la sphère économique privée ?
Puis quelle organisation de ces services publics ? Comment sont nommés les dirigeants ? Comment s’établit la politique de tel ou tel service public ? Quel rôle des usagers de ces services publics ? Comment choisit-on les représentants des usagers ?

•    G- Pour une politique du logement social opposable

L’aggravation des conditions de logement pour la plupart, l’accroissement du nombre de SDF, sont patents. Pour qui réfléchit politiquement sérieusement, on comprend vite que la réquisition ne peut pas être la seule politique en ce domaine.
Cela pose le problème de la propriété du foncier, de la lutte sérieuse contre la spéculation sur le foncier bâti et l’immobilier, des principes pour établir la nouvelle politique de logement social pour in fine la rendre opposable avec des mesures radicales.

•    H- Pour une école de formation citoyenne et de mobilité sociale
Le turbocapitalisme  a modifié le rôle de l’école en rétrécissant son rôle  de formation citoyenne et en en faisant un instrument de maintien de la division en classes ce qui a diminué la mobilité sociale. Résultat : 150000 élèves sortent du système éducatif sans diplômes et sans qualification, 15% des élèves ne savent pas lire correctement en 6ème, la sélection se fait sur des critères sauvages basés sur l’appartenance de classe, etc.
Il est tant de rompre avec toutes les contre-réformes bourgeoises réalisées durant la période de la mondialisation néolibérale et du turbocapitalisme et d’engager les pistes du renouveau de l’école gratuite, laïque, républicaine qui a pour but de former le citoyen et d’améliorer la mobilité sociale.

•    I- Pour le respect du droit à la sûreté (article 2 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789) pour tous
Alors que les gauchistes culturels continuent à percevoir les émeutiers de novembre 2005 comme l’avant-garde de la révolution en marche, nous devons défendre le principe que toute violence au sein du peuple n’est pas légitime.
Nous devons alors produire un discours qui explicite toutes les causes de ce désastre (sociales bien sûr mais aussi laïques et républicaines en liant les combats entre toutes les insécurités sociales). Et notamment montrer que le communautarisme anglo-saxon installé dans nos banlieues par le néolibéralisme (mais appuyé par les gauchistes culturels) ne peut que fortifier le fossé au sein du peuple et faire le jeu de notre ennemi, l’extrême droite.
Puis, nous devons donner les pistes pour supprimer ces ghettos et aller vers une égalité en droits de tous les habitants du pays.

•    J- Pour un féminisme laïque, républicain, émancipateur
Alors que le féminisme essentialiste a fait des ravages dans le mouvement féministe ce qui a freiné le mouvement d’émancipation des femmes, passage obligé du mouvement d’émancipation général, nous devons résister à cette dérive et produire le féminisme laïque et émancipateur du 21ème siècle qui construit l’égalité entre toutes les femmes de la planète  et entre  les hommes et les femmes sans considérations ethniques, religieuses et culturelles.
L’appel du Collectif contre le racisme et  l’intégrisme (CRI) de 2006 en fixe le cadre et doit se concrétiser y compris de façon organisationnelle.

•    K- Définir les priorités énergétiques pour une écologie radical
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Pour éviter de sombrer dans le ridicule des bébés –phoques et de l’environnement pour  couches moyennes supérieures ou dans le «  tous les écologistes altermondialistes ont raison même quand ils ont tort » , il est nécessaire de fixer les priorités antilibérales de l’écologie.
Montrer pourquoi nous devons développer une radicalité jamais atteinte dans les économies d’énergie (principal gisement énergétique d’avenir) jusqu’à contraindre toute nouvelle action dans le tissu urbain et rural à des constructions écologiques. Puis, combattre l’utilisation des énergies fossiles pour combattre les émissions de CO2, puis prévoir le rétrécissement progressif du nucléaire. Mais dans cet ordre et non pas dans un autre. Et expliquer pourquoi à partir des gisements de matières premières et de leur durée de vie prévisible. C’est–dire à partir de la réalité matérielle et non d’un idéalisme coupé du monde.

•    L- Pour une laïcité, pierre angulaire de la nouvelle construction sociale et politique
Alors que pour les gauchistes culturels, la laïcité est une des 25ème roues du carrosse, nous devons expliquer que lorsque l’on veut construire un autre monde, il faut choisir préalablement entre le communautarisme anglo-saxon avec discrimination positive, ou laïcité avec droits universels ou le système tribal. Ce choix n’est pas second, il est principiel. Montrer, par exemple, pour casser l’idée que la laïcité est franco-française (ce qui est absurde !) que le Danemark a choisi le communautarisme anglo-saxon et que la Suède a choisi la séparation des églises et de l’Etat avec droits universels.
Il faut aussi définir tous les termes qui sont soumis à la confusion de la pensée conformiste (différence entre laïcité, tolérance, et neutralité, république, différence entre anti- clérical et anti- religieux, etc.).

•    M- Quelle action d’éducation populaire vers l’action
Comment, à partir de notre pratique et des agréments éducation populaire et santé que nous avons reçu des deux ministères, nous pouvons impulser de nouvelles pratiques culturelles ? Comment faut-il s’organiser ? Comment obtenir des subventions ? Quel type d’animation ? Que peut-on attendre de l’UFAL nationale ? Que doit-on faire dans une UFAL locale ? Quelles en sont les contraintes politico – administratives ? Quelles sont les formations à votre disposition pour cela ?

Bernard Teper
Président de l’UFAL
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