Convergence des luttes entre les personnels, les citoyens et les familles pour résister aux agressions et promouvoir une école républicaine

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Si ce gouvernement est le pire depuis plus de trente ans, force est de constater que l’agression contre l’école ne date pas de celui-ci.
Plusieurs invariants persistent depuis des décennies :

  1. Des dizaines de milliers d’enfants sortent chaque année du système scolaire sans diplômes et sans qualifications (même si ce nombre diminue régulièrement comme le prouvent les dernières études ministérielles)
  2. Si le niveau moyen monte, la mobilité sociale diminue
  3. 1 élève sur 6 a recours aux officines de cours privés. Pourquoi ?

L’école publique manque de moyens, c’est une évidence. Mais toutes les « réformes » ou contre-réformes des ministres depuis trente ans, les applications des idées des Legrand, Meyrieu, Prost ou de Brighelli n’y ont rien changé. Il serait bon de faire dans l’école les mêmes constats que dans la santé et la protection sociale, l’affaiblissement des missions de l’école est une réalité depuis 30 ans. On a réussi un début de massification, c’est bien. Mais elle est loin d’être terminée !
Les ministres ont plutôt été payés pour détruire l’école républicaine par l’engagement d’un processus de marchandisation et de privatisation de l’école (Darcos, accroissement régulier des financements des écoles privées confessionnelles au détriment de l’école publique, accords Lang-Cloupet, autorisation des signes religieux à l’école par l’article 10 de la loi Jospin du 10 juillet 1989,le rapport Luc Soubré (sous Savary) sur le « caractère propre de l’établissement », qui préludait à la dissolution du système national et public d’enseignement).
Il est nécessaire de comprendre que l’école, comme la santé et la protection sociale, sont aujourd’hui, les secteurs principaux, de l’offensive capitaliste de marchandisation et de privatisation comme vient d’ailleurs de le démontrer une étude très récente de l’INRP.
Ces deux secteurs ne subissent pas les feux des directives européennes, mais sont sous le coup du droit communautaire de la concurrence et des libertés de prestation et d’établissement mais aussi de l’insidieuse stratégie de Lisbonne signée pour la France en mars 2000 par Chirac et Jospin. Elle est donc dans la seringue de la Méthode Ouverte de Concertation (MOC), des Lignes Directrices Intégrées (LDI) et des Plans nationaux de réforme (PNR) que la France comme les autres pays doit fournir à la Commission européenne depuis le démarrage de la stratégie de Lisbonne. Pour autant, l’UFAL ne saurait inverser les responsabilités. Ce sont bien les États membres de l’U.E. qui réclament et élaborent ces stratégies. La responsabilité des gouvernements est donc bien écrasante.
C’est donc dans le cadre de la bataille frontale contre la stratégie de Lisbonne que l’UFAL a souhaité être un des signataires avec le SNESUP, SLU, SLR et le SNCS de l’appel du 8 novembre qui a été un des éléments favorisant la mobilisation dans le supérieur.
Il vaut mieux appréhender la double fonction de l’école : celle d’être constitutive de nouvelles libertés par la transmission des savoirs et sa fonction d’intégration laïque et sociale pour tous.
Pour cela, il faut une convergence des luttes entre les personnels de l’école, et les citoyens et leurs familles. Plus de convergence mais chacun dans son rôle.

  1. laisser à l’enseignant la liberté pédagogique comme on doit laisser au médecin la liberté de prescription. Pour l’UFAL, il est impossible d’accepter que des familles ou le ministère imposent leurs choix pédagogiques aux enseignants. Ce serait ouvrir la voie aux groupes de pressions de toutes sortes.
  2. Les parents veulent être informés de tout ce qui concerne leurs enfants et ceci est tout à fait légitime. Pour cela, il faut institutionnaliser un temps d’échange entre les enseignants, les associations de parents d’élèves, les associations familiales et les parents. L’UFAL est évidemment tout à fait prêt à mener une réflexion sur ce sujet avec toutes les organisations syndicales et en particulier avec la FSU pour éviter que les besoins des parents puissent être détournés par le gouvernement contre les enseignants.
  3. comme pour la santé, l’éducation est un point majeur de la politique globale et intéresse au premier point les citoyens mobilisés. Comme l’efficacité de l’école dépendra non seulement de la lutte des enseignants mais surtout de la détermination du mouvement populaire, il faut engager une campagne nationale massive d’éducation populaire dans des collectifs alliant les syndicats d’enseignants, de lycéens et d’étudiants, les mouvements d’éducation populaire, les associations partenaires de l’École Publique et tous les citoyens intéressés par ces questions. L’objectif d’un tel collectif devra être de déboucher sur des revendications précises pour permettre à tous de s’en emparer et de mener la bataille comme ce fut le cas dernièrement aux Antilles.

Sans attendre la mise en place de cette structure, l’UFAL réaffirme son soutien à l’ensemble des luttes des enseignants (pour les Rased, pour la défense de la maternelle, contre la réforme du lycée, défense de l’enseignement supérieur, refus de la mastérisation des concours de recrutement des maîtres), exige en conséquence le retrait de tous les décrets et lois Darcos/Pécresse et met en débat sa proposition de l’organisation d’une manifestation nationale unitaire de toute l’Éducation nationale (de la Maternelle à l’Université) jusqu’au Ministère pour y porter les exigences des familles, des enseignants et de leurs élèves.

Bernard Teper

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