Ce 18 août, trois millions de familles bénéficieront de l’allocation de rentrée scolaire (ARS). Cette prestation familiale sous conditions de ressources est versée depuis 1974 aux familles modestes ayant des enfants scolarisés de 6 à 18 ans. En 2026, son montant ira de 426,87 à 466,02 euros par enfant et l’allocation sera versée aux 50 % des familles les plus modestes et à près de 80 % des familles monoparentales avec enfants. Elle constitue un coup de pouce non négligeable afin de permettre aux ménages les plus modestes de faire face aux dépenses de rentrée scolaire.
Une étude de la CNAF réalisée en 2022 auprès de deux mille familles rappelle qu’« un quart des dépenses est consacré aux vêtements et un autre quart au paiement des frais de cantine, pour respectivement 370 euros et 335 euros annuels. Le troisième poste de dépenses concerne les fournitures scolaires (146 euros sur l’année). Presque toutes les familles bénéficiaires de l’ARS ont acheté des fournitures scolaires ainsi que des vêtements, respectivement 98 % et 96 %. »
La CNAF précisait que le coût de la scolarité représentait 1 111 euros pour un enfant en école élémentaire, 1 131 euros pour un collégien et 1 188 euros pour un lycéen. Ces montants sont, en toute hypothèse, nettement supérieurs en 2026, en raison de la tension inflationniste qu’a connue notre pays depuis 2023.
Et la CNAF de préciser que « sans l’ARS, les familles bénéficiaires auraient dû réaliser des efforts budgétaires supplémentaires. Sept sur dix (72 %) auraient réduit les autres dépenses du foyer et une sur trois (31 %) aurait sollicité son entourage pour obtenir de l’argent. Elles auraient également revu à la baisse le budget associé à la scolarité en limitant la qualité (59 %) et la quantité (54 %) des affaires achetées, ou en renonçant aux activités extrascolaires (38 %). »
Quant à la Cour des Comptes, pourtant prompte à fustiger les dépenses sociales, celle-ci rappelait en 2021 que les modalités de versement de l’ARS « couvrent toutes les familles visées, en limitant le risque d’erreurs et de fraude », et « méritent […] d’être maintenues ».
Pourquoi rappeler ces évidences ? Tout simplement parce que chaque année ou presque, le versement de l’ARS donne lieu chaque année à un florilège de propos aussi méprisants qu’infondés de la part de responsables politiques qui trouvent ainsi une aubaine inespérée pour faire le buzz à moindres frais au plein milieu de l’été. Car la démagogie ne coûte rien ou presque lorsqu’il s’agit de fustiger les classes populaires de notre pays et de moquer la prétendue irresponsabilité parentale des plus pauvres. Quand bien même ces allégations sont totalement infondées, comme l’attestent toutes les études sérieuses à ce sujet.
Nous n’avons pas oublié la saillie pitoyable de l’ex-ministre Jean-Michel Banquer de 2021, qui reprenait à son compte la fable des écrans plats inventée avant luipar le député UMP Édouard Courtial, lamentable galéjade selon laquelle la vente desdits écrans plats serait dopée par le versement l’ARS. Nous nous rappelons également les propos de la sénatrice socialiste Samia Ghali qui proposait en 2019 de verser ladite allocation sous forme de bons d’achat pour mieux contrôler la gestion du budget des bénéficiaires de l’ARS. Nous nous souvenons également de la proposition de loi déposée par 14 députés Les Républicains en 2022 pour « encadrer l’utilisation de l’allocation de rentrée scolaire et lutter contre la fraude ».
Cette course à l’échalote démagogique avait amené l’UFAL à décerner le prix du « populo-bashing » à l’homme (ou femme) politique le plus en verve pour asséner son mépris de classe à l’endroit des classes populaires de notre pays à l’occasion de du versement de l’ARS. Avec une bonne dose de second degré de notre part selon l’adage : il est préférable d’en rire (jaune) que d’en pleurer !
Depuis quelques années, il semblerait que le populo-bashing estival anti-ARS ait perdu de sa vigueur. Du moins dans la bouche des responsables politiques, car la désinformation à propos de l’utilisation de l’ARS a indéniablement trouvé une seconde vie sur les réseaux sociaux ; l’on ne compte plus les messages TikTok ou Facebook prétendant que les parents détournent l’argent de l’ARS pour s’offrir un téléviseur, le dernier iPhone, des sacs à main de luxe, ou encore de l’alcool…
À quelques mois de l’élection présidentielle, et puisqu’il s’agit de la dernière campagne d’Allocation scolaire de la mandature d’Emmanuel Macron, il s’agit de tirer des enseignements sur le signifié profond de cette diffusion du mépris des classes populaires et des plus fragiles au sein de la société française. Il s’agit en vérité du seul véritable succès de notre actuel Président de la République en matière de politique sociale : celui d’être parvenu à faire progresser les inégalités sociales à un niveau sans précédent tout en popularisant l’idée que les pauvres sont des assistés et coûtent trop cher à la société. Quand, dans le même temps, le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France a plus que doublé pour atteindre des sommets, passant d’environ 570 milliards en 2017 à près de 1 200 milliards d’euros aujourd’hui.
Pour le reste, le bilan des deux quinquennats Macron en matière de politique familiale se passe de commentaires tant il est désastreux. La pauvreté a atteint son plus haut niveau historique depuis qu’elle est mesurée par l’INSEE, la moitié de cette hausse est constituée de familles monoparentales, et plus d’un tiers des familles monoparentales sont considérées comme pauvres. En outre, le Président de la République qui en appelait à un réarmement démographique de la France ne peut malheureusement occulter la réalité des faits : la fécondité, mesurée à partir de l’indicateur conjoncturel de fécondité, s’établit ainsi en 2025 à 1,56 enfant né vivant par femme, soit le plus faible résultat depuis 1917 ! Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel est négatif (6000 décès de plus que les naissances). Dans le même temps (en même temps devrions nous dire), notre pays se hisse au 23e rang européen en matière de mortalité infantile.
À l’approche de l’élection présidentielle, un bilan détaillé de la politique familiale calamiteuse qui a été menée sous la mandature du Président Macron ne saurait tarder. Pour l’heure nous nous contenterons de rappeler à quel point les prestations familiales jouent un rôle décisif en matière de soutien des familles avec enfants, de réduction des inégalités sociales et territoriales, de conciliation entre vie professionnelle et familiale, de diminution des inégalités femmes-hommes et d’appui à la natalité. L’ARS, au même titre que toutes les prestations familiales versées par les Caisses d’allocations familiales, est une prestation familiale essentielle pour des millions de famille.
Alors que près de 10 millions d’enfants vont effectuer leur rentrée scolaire, l’UFAL se réjouit que l’ARS apporte aux familles modestes un coup de pouce essentiel pour améliorer modestement le quotidien de leurs enfants. Pour autant, l’UFAL rappelle que l’ARS doit être nettement améliorée, car, en l’état, elle souffre de lacunes importantes : versement seulement à partir de six ans et non prise en compte des coûts importants supportés par les familles pour les élèves des filières techniques et professionnelles. De plus, d’année en année, son montant en termes de pouvoir d’achat n’a cessé de diminuer et sa sélectivité a augmenté, alors que c’est déjà la prestation familiale soumise aux plus fortes conditions de ressources.
C’est pourquoi l’Ufal demande :
- que l’ARS soit revalorisée pour compenser la baisse observée ces dix dernières années en euros constants ;
- que le versement de l’ARS soit étendu aux enfants de trois à six ans scolarisés, en cohérence avec l’abaissement de l’instruction obligatoire à trois ans depuis la rentrée 2020 ;
- que l’ARS soit augmentée pour la tranche 15-18 ans et majorée pour les élèves de l’enseignement professionnel et technologique ;
- qu’une augmentation de 20 % des plafonds de ressources soit mise en œuvre afin de pallier la sous-revalorisation du plafond de ressources observé depuis 20 ans.
L’Ufal rappelle aussi sa ferme opposition à la transformation de l’ARS en « chèque de rentrée ».
Alors que plusieurs candidats putatifs à l’élection présidentielle envisagent de geler les prestations sociales pour faire de sinistres économies budgétaires, l’UFAL rappelle que ce n’est pas en augmentant la pauvreté et en compromettant les conditions de scolarité des enfants des familles modestes que le pays se redressera.