Quand on parle de la retraite, pourquoi penser à la Bérézina ?

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Il n’y a pas lieu de brandir comme une menace sur nos retraites le fait qu’il y a et qu’il continuera d’y avoir de moins en moins d’actifs par rapport au nombre de retraités, une soi-disant évidence mathématique du même tonneau que ce slogan publicitaire ayant autrefois recouvert nos murs : « Deux roues, deux fois plus de raisons d’être prudent ». Ce qui compte, c’est la production, non pas le nombre de travailleurs. Les travailleurs d’hier n’étaient pas outillés comme le sont ceux d’aujourd’hui et ceux de demain devraient avoir les moyens d’être encore plus productifs, du moins si l’on arrête de casser nos usines.On ne compare pas deux armées en fonction de leurs seuls effectifs sans tenir compte de leur armement. De même ne faut-il pas se polariser sur le nombre de travailleurs en faisant abstraction des progrès constants des techniques, que ce soit dans l’agriculture, l’industrie ou la bureautique. Ces progrès conduisent logiquement, pour la même satisfaction ou une satisfaction encore meilleure de nos besoins, à une baisse des effectifs, que ce soit dans la production, la distribution ou la gestion. Il y a aujourd’hui dix fois moins de cultivateurs ou d’éleveurs qu’il n’y avait de paysans il y a un siècle et cela n’a pas empêché notre production alimentaire d’augmenter. Si comme récompense de ce remarquable accroissement de productivité les producteurs se trouvent parfois dans une situation financière difficile et si les prix restent tels que certains de nos concitoyens ne mangent pas à leur faim ou font la queue aux Restos du cœur, c’est un autre problème : la loi du marché, nous dit-on … ou bien celle des plus forts et des plus malins ? Il faudrait nous dire à qui cela a en réalité profité. Si cela n’a profité à personne, ce n’était pas la peine de nous demander des efforts. Et si l’on nous affirme aujourd’hui qu’il est nécessaire de demander aux retraités de nouveaux sacrifices, il ne faut pas prétendre que c’est à cause des 35 heures, et parce que les privilégiés dont on n’a pas encore supprimé les emplois ne travaillent pas assez : la richesse globale du Pays n’a jamais diminué. Il faudra trouver d’autres prétextes.
Paul Vincent, Paris
Ingénieur civil des Mines

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