L’amour capitaliste et la société cannibale.

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J’adore les histoires qui finissent bien ! (1)on m’a reproché de commencer toujours mes billets par « je hais », alors j’ai décidé de « positiver ». Pour ce numéro 28 d’USPS, « j’adore »!

Deux amants s’aimaient d’amour tendre,… enfin il semblait.

Ils se promenaient émerveillés dans la jungle sauvage. Soudain un rugissement lointain leur fait prendre conscience qu’il sont pris en chasse par un lion affamé. L’un d’eux met un genou à terre et relace alors ses chaussures. L’autre, malgré son affolement, lui fait remarquer qu’il ne pourra jamais courir plus vite qu’un lion ; «Idiote », lui répond le premier, « il suffit que je coure plus vite que toi! ».

Une famille s’aimait d’amour tendre,… enfin il semblait.

Les jeunes parents s’émerveillaient des progrès de leurs enfants et de leur aptitude au bonheur. Les jeunes grands parents acceptaient des ans l’irréparable outrage, assurés qu’ils étaient de vivre au mieux et de mourir tranquilles. Le temps passe. Soudain la fermeture imminente de leur entreprise bouleverse leur sérénité tranquille. Hélas, les deux grands parents n’en finissent pas de décliner, et leur retraite ne suffit plus à payer les soins de plus en plus lourds ! Hélas, les enfants veulent faire des études et se mettre en ménage !

L’un des parents comprend qu’il trop tard pour aller perdre les enfants dans la forêt profonde peuplée de bêtes féroces affamées. Il fait ses valises. L’autre, malgré son désarroi lui fait remarquer qu’elle a arrêté de travailler pour faire son « devoir de solidarité intergénérationnelle familiale » et s’occuper des parents âgés, après avoir élevé leurs enfants. « Idiote », lui rétorque le premier, « il suffit que je sois le premier à suivre l’entreprise délocalisée et que tu t’occupes d’autres vieux et d’autres gamins ; les aides sociales ce n’est pas fait pour les chiens !».

Une société s’entraidait de solidarité tranquille,… enfin il semblait.

Chaque travailleur versait une partie de son salaire dans une caisse commune, au cas où l’adversité, la maladie, le chômage l’empêche de subvenir à ses besoins. Le lion affamé dans la jungle sauvage, les bêtes féroces dans la forêt profonde et le loup libre dans la bergerie libre rodaient. Insidieusement, ils chipent des parties de cette cagnotte. De plus en plus enhardis par l’absence de réactions, ils la pillent, la dilapidant sans vergogne et niant le dépeçage de la sécurité sociale. L’idiot croit sur parole leurs mensonges ; il reprend leurs accusations : ce sont les enfants, les parents, les ouvriers, les vieux, les jeunes, les fainéants… enfin les autres. « Je ne suis pas idiot » se dit-il, puisque c’est comme ça, je vais me défendre seul ! ». L’amante, la mère, la belle fille devient folle pour avoir à choisir entre ses enfants, ses parents ses beaux parents et elle. « Idiote ! » lui disent le loup libre, les bêtes féroces et le lion affamé, tu es trop faible pour vivre dans la jungle sauvage, la forêt profonde et la bergerie libre. Tu mérites ce qui t’arrive. Tu es responsable !

Moralité : l’amour tendre et la solidarité tranquille ne font pas l’avenir serein. Il est temps que la conscience politique remette les contes à zéro et les pendules à l’heure de la nécessaire bataille pour défendre notre bien commun.

L’aspect positif de cette triste histoire ? Lucides et tous ensemble, c’est une histoire qui peut finir bien !

Tous pour un, un pour tous ! Pas que pour le panache ! Parce que c’est la seule solution pour ne pas être bouffé tous, un par un.

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1. on m’a reproché de commencer toujours mes billets par « je hais », alors j’ai décidé de « positiver ». Pour ce numéro 28 d’USPS, « j’adore »!
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