Combattre la pauvreté et l’inégalité

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Le coordonnateur de la Recherche à l’UNRISD (Institut de recherche sur le développement social des Nations Unies) – le Sud-Coréen Ilcheong Yi – a parlé de l’importance des systèmes universels de sécurité sociale en séance plénière le 3 décembre à Brasilia (1e Conférence Mondiale sur le développement des Systèmes de Sécurité Sociale Universelle où l’UFAL était représentée).
Il a notamment développé le concept d’universalisme (qu’en France nous nommons principe d’égalité) comme opposé au “ciblage” de tel ou tel groupe dit défavorisé, comme le fait la CMU par exemple, des approches qui se parent souvent du terme “équité” – impliquant que des systèmes publics ouverts à tous sur un pied d’égalité seraient “inéquitables” car bénéficiant aux classes moyennes et donc “prenant” aux plus pauvres..
Voir à ce sujet le
dernier éditorial du Monde Diplomatique intitulé “Contre l’équité”. Garance UPHAM

Des systèmes sociaux publics et universels sont au cœur du développement économique, et essentiels pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), explique un rapport vedette aux Nations Unies. Le rapport vedette de l’Institut de Recherche sur le Développement Social des Nations Unies, UNRISD, Combattre la pauvreté et l’inégalité, rendu public le 3 septembre 2010 au Palais des Nations Unies, à Genève, est préfacé par le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki Moon “comme un outil efficace pour mobiliser les gouvernements”, un outil qui préconise de “nouvelles orientations dans les politiques macroéconomiques et un changement structurel propre à créer de l’emploi décemment”.

Ce document de stratégie de l’UNRISD, 360 pages, repose sur une évaluation en profondeur des situations réelles économiques et sociales de pays aussi divers que l’Inde, la Chine, la Russie, le Costa Rica, le Nigeria, le Kenya, le Cambodge, l’Irlande, le Mexique, le Brésil, et bien d’autres, plaide pour un changement complet d’orientation. Il démontre que les institutions financières internationales entraînent l’ONU sur la mauvaise voie pour réduire la pauvreté et les inégalités. Les équipes d’experts de l’Institut, venant de tous les continents et d’un grand nombre de pays représentant toute une gamme d’expérience économique, expliquent que le chemin emprunté pour atteindre les OMD, basé sur la stabilité budgétaire et la maîtrise de l’inflation, couplées à des programmes ciblant les pauvres, représentent, pour les pays en développement, le très connu ‘ajustement structurel’ avec un nouvel emballage, qu’il augmente l’insécurité du revenu, le chômage, l’inégalité, la faim et la négligence des femmes, et qu’il est accompagné de contractions dans le secteur public ce qui est préjudiciable aux objectifs de réduction de la pauvreté et des inégalités.

Le ciblage des pauvres, contrairement à des services sociaux universels, montrera, en fin de compte, pas de réduction dans la pauvreté ni décollage économique et pourrait même diminuer la possibilité d’avoir un bon gouvernement basé sur l’égalité des citoyens. “Quand une proportion importante de la population d’un pays est pauvre, il n’y a pas lieu de détacher la pauvreté de la dynamique de développement”. Cibler les pauvres conduit à “mesurer les choses que les gens n’ont pas, au lieu de comprendre pourquoi ils ne les ont pas.” Partant d’expériences vécues et de faits réels, l’équipe UNRISD se concentre sur les moyens par lesquels certains pays ont pu augmenter le bien-être de leurs populations, et fournit les ingrédients de politiques à même de sortir les populations de la pauvreté.

C’est ainsi que l’Institut propose une voie alternative étatique pour une croissance économique réelle et une réduction des inégalités, une alternative basée sur l’expérience de pays dans plusieurs parties du monde au cours de ces dernières années. La stratégie préconisée est un faisceau de méthodes éprouvées et fondées mettant l’accent sur l’emploi pour générer le bien-être, accompagné de “la fourniture universelle et publique de systèmes sociaux par opposition au «ciblage». Il appelle à “des politiques sociales généralisées qui sont fondées sur des droits universels”, parce que: “La politique sociale, la meilleure, est transformatrice, et ne peut pas être dissociée des efforts pour créer une croissance centrée sur l’emploi et des changements structurels”.

Les pays qui ont réussi … ont adopté des politiques hétérodoxes qui reflètent leurs conditions nationales, plutôt que d’embrasser les prescriptions se conformant totalement aux lois du marché”. Au lieu du rôle dévolu à l’Etat de réformateur dans le sens du marché pour la bonne gouvernance selon la prescription des institutions macro-économiques, la stratégie insiste sur la nécessité de renforcer l’Etat dans son rôle de fournisseur de services sociaux universels, de soutien aux investissements dans les infrastructures rurales, pour accroître l’accès au crédit, ou la création de travaux publics. Dans le même temps, le bon fonctionnement de l’État est fondé sur l’institutionnalisation des droits, la politique de négociation, et la forme démocratique de gouvernement.

La stratégie proposée est centrée sur l’emploi et l’égalité comme piliers du développement, elle considère les droits relatif au travail comme composants essentiels de services sociaux universels, y compris un salaire décent, le respect des droits syndicaux, les droits de négociation, et les politiques en faveur des femmes – le rapport propose notamment que les soins à la personne entrent dans l’évaluation du PIB –, tout ce qui a été démontré comme important pour renforcer les prestations de services universels et réduire la pauvreté.

Ceci contraste avec l’approche fondée sur le marché qui pousse à la compétition entre les structures de santé, les patients et les soignants par des mécanismes de redevances sélectives, de bons ou de récompenses, la compression du personnel des services publics et la privatisation accrue, la lutte contre la dite ‘corruption’ au sein du personnel, la diminution des droits syndicaux et les décisions visant à assouplir ou enterrer les lois établissant un salaire minimum et la prétendu ‘rigidité’ dans la réglementation du travail.

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