Dépêche AFP suite au mariage annulé…

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Voici la dépêche de l’AFP faisant suite à notre communiqué sur le sujet brûlant de début juin

Mariage annulé : les féministes, les antiracistes et les laïcs protestent

PARIS (AFP) — Les féministes, associations anti-racistes ou laïques sont montées au créneau vendredi pour dénoncer l’annulation d’un mariage en raison d’un mensonge de l’épouse sur sa virginité par un tribunal de Lille, mais ont avoué leur impuissance à intervenir dans ce débat privé.

Après une première réaction « ulcérée » d’Elisabeth Badinter, philosophe et écrivain, jeudi, associations et partis ont embrayé vendredi en jugeant cette décision « discriminatoire » pour les femmes et « lourde de menaces » dans une République laïque.

« Il existe en France, au 21e siècle, des juges pour considérer que la virginité (des femmes évidemment!) est une +qualité essentielle+ », on a vraiment peine à le croire », déclare le collectif national pour le droit des femmes (CNDF) en fustigeant « les intégristes de tous poils ».

Le tribunal de Lille avait annulé l’union en avril. En basant sa décision sur l’article 180 du code civil, qui stipule que « s’il y a eu erreur sur la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage » dans un délai de cinq ans.

Pour SOS Racisme, le fait que le jugement établisse la virginité comme « qualité essentielle » d’une personne « légitime de fait une coutume religieuse » et « peut mettre en péril la liberté » des femmes.

La Ligue des Droits de l’Homme juge la décision « discriminatoire » à l’égard des femmes, tandis que le médiateur de la République Jean-Paul Delevoye le voit « contraire à l’esprit de la laïcité ».

Pour Femmes Solidaires, Sabine Salmon estime que le jugement est d’autant plus « scandaleux » qu’on « voit de plus en plus de jeunes filles qui utilisent la reconstruction chirurgicale de l’hymen pour arriver vierge au mariage ».

« Ca nous revient de partout, pas seulement des banlieues, (…) et pas seulement chez les musulmans, on l’entend dans beaucoup de lycées et c’est très inquiétant pour la régression des mentalités », affirme-t-elle.

Le jugement « pervertit » l’esprit d’une loi dont l’une des finalités est de « protéger les femmes contre les mariages forcés », renchérit l’Union des Familles Laïques (UFAL).

Côté politique, les partis de gauche à droite se sont aussi émus d’une décision « scandaleuse » pour le PCF, « atterrante » pour le PS, ou « remettant en cause l’égalité hommes-femmes » (UMP).

Beaucoup s’inquiètent de la jurisprudence ainsi établie.

La présidente du Conseil national des femmes françaises (CNFF) Marie-Jeanne Vidaillet-Peretti est « prête à s’engager très fortement sous toutes les formes possibles pour aider la jeune femme concernée à aller jusqu’en cour de cassation ».

« Mais une annulation de mariage est une action personnelle, jugée au civil, et une association ne peut pas intervenir », avertit Anne Jonquet, avocate au barreau de Saint-Denis et militante de Femmes solidaires.

Selon elle, « seule la chancellerie peut intervenir ». Un porte-parole de l’UMP a d’ailleurs souhaité que le ministère de la Justice « déclenche un recours dans l’intérêt de la loi pour dire le droit ».

Mais dans ce concert unanime, la seule note discordante est venue… de la chancellerie.

La ministre de la Justice Rachida Dati, qui avait révélé dans son livre « Je vous fais juge » (Grasset, 2007) avoir fait annuler son propre mariage, « décidé sans le vouloir », a semblé prendre la défense du jugement.

« La justice est là pour protéger. Le fait d’annuler un mariage est aussi un moyen de protéger la personne qui souhaite peut-être se défaire du mariage, parce que je pense que cette jeune fille (…) a souhaité également, sans doute, se séparer assez rapidement », a déclaré vendredi Mme Dati.

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