Une laïcité économique pour une république sociale

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Combattre le turbocapitalisme demande aussi de préciser les pistes alternatives du nouveau monde à construire. C’est d’autant plus urgent dans la période actuelle ou les sondages par catégories à la sortie des urnes des deux tours de la présidentielle 2007 ont  montré entre autre l’énorme fossé entre les militants de gauche, d’extrême gauche et altermondialistes d’une part et le peuple (surtout des couches populaires, des zones périurbaines et des familles avec enfants et personnes âgées) d’autre part. Ceci est du à plusieurs raisons. L’une d’entre elles est que ces derniers continuent à utiliser les paradigmes du monde d’hier alors que le monde a changé. Il faut donc changer de paradigme.
Alors que le turbocapitalisme tend à faire envahir la sphère publique par la sphère privée par le processus de marchandisation et de privatisation de toutes les activités humaines, il prend sa naissance à l’implosion du communisme soviétique dont le paradigme était de faire envahir la sphère privée par la sphère publique. Le retour à ce paradigme est une impasse car aucune fraction significative du peuple n’est prête à s’engager dans cette voie.
Il convient donc de défricher le nouveau paradigme de la séparation de la sphère publique et de la sphère privée. Ce paradigme de la séparation a un nom militant : la laïcité.
L’application de ce nouveau paradigme redécouvre la voie d’un projet politique ouvert par Jean Jaurès au début du 20ème siècle : la République sociale. Ce projet fut mis entre parenthèse après l’assassinat de Jean Jaurès en 1914 et la rupture du mouvement ouvrier suite à la révolution russe.
Le congrès de Tours mit de coté le projet du fondateur de l’Humanité pour fournir par division du mouvement ouvrier, les partis socialistes et les partis  communistes. Résultat 90 ans après : les partis communistes sont  en déliquescence et les partis socialistes sont des accompagnateurs du turbocapitalisme.
Il faut donc tout reconstruire.
Autre raison du retour du paradigme laïque de la république sociale est que, dans les caractéristiques du turbocapitalisme, beaucoup de militants oublient, ce que les couches populaires pressentent, à savoir que les dirigeants du turbocapitalisme se sont alliés avec les communautarismes et les intégrismes. La conclusion est donc que l’opposition frontale au turbocapitalisme est donc dans la liaison du combat social et du combat laïque, partie constitutive du paradigme laïque de la république sociale.
Bien sûr, la laïcité est née historiquement en France dans une contingence historique précise à savoir la lutte contre l’emprise religieuse sur le pouvoir politique. Il est tout à fait possible de montrer pourquoi ce principe universel est né en France et pas en Allemagne par exemple: la France  est le plus grand pays d’immigration d’Europe dans toute l’histoire et que c’est donc là que le problème du vivre ensemble a été d’abord posé. 1 Français sur trois a un ascendant étranger sur deux générations contre moins de 1% en Allemagne. Mais un principe comme la laïcité dont la définition est la stricte
séparation de la sphère publique et de la sphère privée ne doit pas se réduire au produit d’une contingence historique.
Si la laïcité est un principe de séparation, il s’applique bien sûr au domaine idéologique et religieux, mais aussi au domaine institutionnel mais encore à l’économie. Au nom de la laïcité, les partisans du paradigme laïque de la république sociale sont hostiles aux signes religieux à l’école comme ils le sont aux lits et consultations privés dans l’hôpital. Vu comme cela, la laïcité économique devient donc la pierre angulaire des services publics et montre alors son opposition aux partenariats publics –privés du turbocapitalisme, cheval de Troie du processus de marchandisation et de privatisation généralisées de tous les services publics et activités humaines.
D’une façon générale, vu comme cela, ce nouveau paradigme renouvelle la pensée de la gauche transformatrice et commande les questions politiques conséquentes :
-s’il y a séparation sur le plan économique entre les sphères publique et privée, il faut définir l’endroit de la séparation.
Notre réponse est que cela doit relever de la délibération de la démocratie républicaine (exemple : eau, système de santé, etc.).
-si la sphère privée économique est régie par la loi du marché, il reste à la délibération de définir le cadre juridique dans lequel fonctionnera la loi du marché et des différentes formes juridiques qui peuvent fonctionner en son sein.
-mais dans ce cas, la sphère publique ne doit pas être régie par la logique  de marché qui doit être totalement exclue de la sphère publique. Il convient donc de définir ce mode de fonctionnement par délibération citoyenne définissant une nouvelle logique de pouvoir. Mais comme personne ne veut d’une planification de type soviétique ou d’une direction émanant du pouvoir exécutif comme au temps des trente glorieuses (la direction d’EDF avait conquis son autonomie et imposait son projet énergétique au pays !), il convient de construire la nouvelle logique citoyenne.
Pour cela, le mode de gestion de la sécurité sociale de 1945 à 1967 par les élus des assurés sociaux est un exemple intéressant qui a produit la plus grande avancée de santé publique de l’histoire de France.
Il faut donc construire la nouvelle logique citoyenne et casser le système bonapartiste de l’ancien service public.
Par exemple, et ce n’est qu’un exemple, éviter que les nominations soient décidées par les pouvoirs exécutifs, il est possible de revenir par exemple pour la sécurité sociale à la gestion par les élus des assurés sociaux ou faire les nominations par les structures législatives qui formeraient alors des commissions de services publics pour contrôler les services publics tout en ayant des élections pour les représentants des usagers qui ne seront plus nommés par l’exécutif comme aujourd’hui.
Tous ces exemples doivent être soumis à la délibération citoyenne. Mais avouer que cela est possible si on décide de changer de paradigme pour construire le monde nouveau.
Sans ce changement de paradigme, les militants resteront éloignés du peuple comme le montrent toutes les études actuelles et la succession des névroses d’échec chez les militants et le peuple continuera de laisser les droites en pleine rénovation aliéner encore plus leurs peuples tout en favorisant la monté des inégalités sociales, la pauvreté pour de plus en plus de personnes et la perversion d’un enseignement dévoyé.
Si vous êtes intéressés par cette révolutionnarisation idéologique produite par le changement de paradigme, n’hésitez surtout pas à nous contacter !
Restons unis jusqu’à la victoire !

Bernard Teper
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