Retraites : sortir de l’enfumage pour y voir clair

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Le COR vient de sortir un nouveau rapport daté d’avril 2010 juste avant les discussions du gouvernement reprenant les positions du MEDEF avec le mouvement syndical. Il convenait donc d’analyser si ce rapport validait ou invalidait les analyses précédentes dans la mesure ou entre temps, nous avons vécu la crise de 2007-2008. Cette question est d’autant plus cruciale que les médias, les néolibéraux et autres sociaux-libéraux ont immédiatement, sans avoir lu le rapport sérieusement, sonné le tocsin de la propagande de la fin du monde. On se serait cru dans une période millénariste… Le pompon revient sans conteste au journal Le Monde qui titrait sur le « trou de 2600 milliards d’euros » qui va manquer aux régimes de retraites. Avec une propagande millénariste de ce type, il faut donc que le bon peuple admette que la contre-réforme est inéluctable et qu’il faut accepter un nouveau recul des droits sociaux avec un zeste d’accord supplémentaire sur la pénibilité ou sur une amélioration cosmétique des retraites des femmes. Tout cela avec le cortège des arguments de mauvaise foi que nous avons démonté dans les articles précédents dont la caricature est la suivante : « On est obligé d’allonger la durée de cotisations et la durée légale du départ à la retraite à cause de la démographie ». Nous avons donc déjà demandé à ces Cassandre pourquoi une augmentation de 63% du nombre de retraités sur une période de 40 ans qui voit doubler sa richesse avec une croissance du PIB de 1,7% par an en moyenne pose problème ? En fait, il ne réponde pas. Pire, il organise le black-out de nos analyses !
Alors, les pessimistes nous disent : oui, mais avec la crise, on a pas eu 1,7% sur l’année dernière. Nous leur répondons d’abord que le chiffre (faible) de 1,7% est un taux moyen sur 40ans. Et que même le COR 2010 formé par des économistes largement choisis par la droite néolibérale au pouvoir estime que la dégradation des comptes retraite due à la crise 2007-2008 est d’environ 20 milliards d’euros soit 1 point de PIB (soit moins de 10% des dividendes payés pour les actionnaires). Et on veut nous culpabiliser ?
Que dit le COR 2010 sur les besoins nouveaux de financements annuels de retraite en parts de PIB ?
Qu’en 2015, alors que le COR 2007 prévoyait un besoin de financement de 0,7 points de PIB, le COR 2010 prévoient un besoin de financement de 1,8 points de PIB dans le scénario A, 1,8 pour le scénario B et 1,9 pour le scénario C.
Qu’en 2020, ces mêmes chiffres passent de 1% dans les calculs du COR 2007 à respectivement 1,7, 1,9 et 2,1.
Qu’en 2030, ces mêmes chiffres passent de 1,6% dans les calculs du COR 2007 à respectivement 1,9, 2,5 et 2,9
Qu’en 2040, ces mêmes chiffres passent de 1,8% dans les calculs du COR 2007 à respectivement 1,9, 2,8 et 3,2.
Qu’en 2050, ces mêmes chiffres passent de 1,7% dans les calculs du COR 2007 à respectivement 1,7, 2,6 et 3.

Rappelons quand même et toujours qu’un point de PIB (environ 20 milliards d’euros aujourd’hui), c’est moins de 10% du montant des dividendes payés aux actionnaires par an.
Et donc que 3 points de PIB, c’est moins de 30% des dividendes payés aux actionnaires !
Amputer ses « pauvres chéris » de 30% de leurs avoirs, est-ce si terrifiant ?
A moins d’être dogmatique du genre de « l’immaculée conception » en disant : notre dogme intangible est le suivant « les revenus des spéculateurs ne doit pas baisser et donc les besoins de financement calculés doivent conduire à baisser de nouveau le niveau des retraites qui ont déjà baissé de 20 points depuis la contre-réforme de Philippe Seguin en 1987 indexant les retraites sur les prix et non plus sur les salaires (jamais remise en cause par les gouvernements de gauche 1988-1993), la contre-réforme Balladur de 1993 (passage des 10 meilleurs années à 25 et des 37,5 années de cotisations à 40 pour le secteur privé) et 1996 (baisse du point des complémentaires retraites) (jamais remise en cause par le gouvernement de la gauche plurielle de Lionel Jospin 1997-2002), les contre-réformes de 2003 (passage à 40 ans pour fonctionnaires) et de 2008(idem pour les régimes spéciaux) (le « futur » gouvernement de la « gauche unie » remettra-t-il en cause les 23 ans de contre-réformes ?).
En fait, d’après nos calculs, nous pourrions régler l’ensemble du besoin de financement de toute la protection sociale d’ici 2050 avec une hausse modérée des cotisations sociales dites patronales ainsi qu’une taxation de tous les revenus financiers et dans les entreprises d’une taxation des profits non réinvestis dans l’investissement productif (à hauteur de 67 % par exemple). Mais pour cela, il faut ne pas avoir peur de dire que nous devons revenir sur tout ou partie des 9,3 Points de PIB qui sont passés, dans la répartition des richesses, sur un quart de siècle, des salaires et revenus du travail (directs et socialisés) vers les profits pour alimenter la spéculation boursière, une des causes des crises récentes !
Mais pour cela, il faut sortir de la confusion et de l’enfumage grâce aux cycles des séances d’universités populaires tournés vers l’action (voir le triple appel de l’UFAL) et de reprendre le chemin de la mobilisation déterminée à front large. Et jamais l’un sans l’autre ! Marcher sur ses deux jambes en sorte !

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