Chronique sur la politique industrielle (février 2012) – 1

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1. La recherche et développement mondiale ne connait pas la crise

(Rapport de l’Institut Batelle : « 2012 Global R&D Funding Forecast »)

Les investissements en R&D mondiale vont s’accroître entre 2011/2012 de 5,2 % dans une quarantaine de pays (pour la troisième année consécutive). Montant total pour 2012 : 1 402 Mds $. Nombre mondial de chercheurs : 6 millions travaillant dans les laboratoires académiques ou industriels.

USA : 436 Mds $ dont 280 Mds € venant du privé, Chine : 199 Mds $, Japon : 157 Mds $, Allemagne : 90 Mds $, Corée du sud : 56,4 Mds $, France : 51,1Mds$, UK : 42,4 Mds$ (il est tenu compte de la conversion des monnaies donc les données sont en ppa).

La Chine et l’Inde sont considérés comme des pays produisant peu de connaissances originales de niveau mondial.

Concernant la France il est souligné qu’avec un investissement de 2,24 % du PIB en R&D, elle pâtit d’un tissu industriel peu présent dans les secteurs à forte densité scientifique comme les technologies de l’information et les sciences du vivant.

Dans les TIC les industriels vont investir 238 Mds $ dont 60 % aux USA. Dans ce secteur la France n’apparaît pas. Le ticket d’entrée en R&D est à 5 Mds $ par entreprise avec un minimum situé à 2 Mds $, sauf Microsoft : 9 Mds $ et Samsung 8 Mds $.

Dans la pharmacie, les semis conducteurs le ticket en R&D est à 9 Mds $.

2. « L’incompétence », politique de notre gouvernement en matière de transport

a. Après les scandales (dont celui de JM Messier) liés à la Compagnie Générale des Eaux (CGE), l’État est venu sauver la nouvelle société issue à l’origine de la CGE en l’occurrence Veolia très vite à nouveau mal au point. Les « princes » pour « sauver » une nouvelle fois Veolia lui accordèrent à vil prix EDF qui tout de suite fut traitée comme une « vache à lait financière ». Mais cela ne suffisait pas alors que la distribution de dividendes allait bon train. Les princes décidèrent en 2011 d’accorder à Veolia la société Transdev spécialisée dans la gestion des réseaux de transports (voiture, tram, train, etc.), société de transports publics urbains, interurbains dont celui des élèves, des salariés, etc. Transdev appartenait à la Caisse de Dépôts et Consignation c’est-à-dire à l’épargne des Français. Et cette fusion se fit en détriment de la société Keolis filiale de la SNCF.

À peine quelques mois écoulés et voilà que Veolia, pour se désendetter à nouveau et sous prétexte de « se recentrer dans son corps de métier » a décidé de se « débarrasser » de l’ensemble transport « Veolia + Transdev ». Incompétence, gâchis diront certains, mais à qui profite le crime ? Et au hasard voilà ce nouvel ensemble en train de chercher de nouveaux investisseurs. Petite musique bien connue. Et pendant ce temps les salariés se demandent à quelle sauce ils vont être mangés.

C’est pourquoi l’UFAL demande aux partis politiques de former l’ensemble public « Transdev + Keolis » géré par les salariés (voir Université d’été de l’UFAL) permettant ainsi un contrôle des prix des transports urbains et péri-urbains et de conserver des compétences publiques dans la conception et la gestion des réseaux de transports.

b. Ainsi Sea France n’était pas rentable ! Mais une fois sa liquidation prononcée on apprend le 04/02/2012 que le consortium franco-danois Louis Dreyfus Amateurs (LDA) – DFDS est en passe d’obtenir toutes les autorisations nécessaires à Douvres comme à Calais pour lancer sur cette ligne un premier bateau, le Norman Spirit, et qu’un deuxième bateau est prévu très rapidement. Puis on apprend que la Société Eurotunnel va acheter les bateaux de Sea France pour les louer à une nouvelle structure. De qui se moque-t-on ?

3. L’histoire récente d’Areva où comment nos princes dépècent un joyau public pour des intérêts privés

Tout le monde le sait, Areva gère nos centrales nucléaires qui nous fournissent depuis plusieurs décades un peu plus de 75 % de notre électricité.
Au lieu de recapitaliser Areva, demande insistante de Anne Lauvergeon sa PDG, nos princes décidèrent de l’introduire en bourse. Mais personne ne voulant gérer les centrales nucléaires (mais oui la partie juteuse, l’énergie), cette introduction s’avèrera un échec. On alla alors chercher le fond souverain du Koweït KIA qui accepta de mettre 600 M€ (part du capital 4,8 %).

Sur pression de Bouygues les princes obligèrent Areva à vendre sa branche Transmission et Distribution (T&D) aux petits copains d’Alstom, ancien propriétaire de cette branche, et à Schneider Electric, sauf qu’entre temps Areva l’avait valorisée de plusieurs fois sa valeur d’achat. Or cette branche rapportait d’énormes bénéfices à Areva. Ceci provoqua une deuxième protestation d’Anne Lauvergeon.

Mais ce n’est pas fini : les princes décidèrent alors que désormais la concurrence était ouverte dans le domaine de l’électricité en tant qu’énergie. Des sociétés se portèrent acquéreurs : Poweo, Direct-Energie. Mais l’affaire telle que présentée par nos princes n’apparut pas assez juteuse. On décida alors de créer la loi Nome c’est-à-dire de proposer 25 % de notre électricité issue du nucléaire à la concurrence, la Commission de Régulation de l’énergie (CRE) se chargeant de fixer le prix du MW après négociation avec Veolia. Nouvelle remarque d’Anne Lauvergeon.

Mais cela ne suffit toujours pas. Alors nos princes décidèrent de détacher d’Areva et mettre en vente une autre partie juteuse : les mines d’uranium. Nouvelle et dernière protestation d’Anne Lauvergeon qui fut alors licenciée. Mais de peur qu’elle se mette à table pour dénoncer (dixit elle-même) des intérêts privés, nos princes décidèrent de sonner les barbouzes et la presse asservie pour la déstabiliser, non seulement elle, mais aussi son époux.

Uramin était une société canadienne propriétaire de mines en Namibie, Afrique du Sud, Centre Afrique. Elle fut achetée par Areva en accord avec le gouvernement en 2007 pour une somme de 1,8Mds€ (la livre d’uranium à 135 $). Mais suite à un effondrement du prix de l’uranium après l’accident nucléaire au Japon elle est évaluée à une valeur plus basse pour le moment (prix actuel de l’uranium : 52 $ la livre soit 450 grammes). Mais il faut savoir que la tendance serait à la hausse due à l’augmentation du prix du baril de pétrole. Uramin comporte une mine en Centre Afrique près de Bakouma et en Namibie à Trekkopje. L’ensemble Uramin forme un groupement appelé « Areva Ressources Southern Africa » qui ajouté aux mines du Niger constitue un ensemble puissant de livraison d’uranium à notre pays.

Concernant la mine de Centre Afrique et si l’on croit le site Bakchich les hommes de la Françafrique de l’Élysée seraient rentrés en jeu où la signature de l’achat se fit en présence d’un intermédiaire puissant local, ami de Balkany, contenant des promesses au chef de l’État local le général Bozizé. Ces promesses n’ayant pas été tenues, le général Bozizé aurait porté plainte contre Areva et l’avocat choisi serait Jacques Vergès.

Concernant la mine de Trekkopje si l’on en croit le site anglosaxon « mining technology » cette mine contient des quantités très importantes d’uranium et toute la logistique : eau (usine de dessalement d’eau de mer devant fournir 14 millions de mètres cubes d’eau à la mine,), transports, etc. serait prête. La mine s’étale sur 126 000 hectares, aurait une durée de vie de 12 ans, produirait 8,5 millions de tonnes d’oxyde d’uranium. Anne Lauvergeon a annoncé en janvier 2012 que la production serait de 63 000 T. Anne Lauvergeon avait été félicitée par Christine Lagarde et le Président de la République pour cette acquisition obtenue contre plusieurs concurrents importants dont la liste est connue y compris la Chine.

Dans la présentation des comptes d’Areva pour 2012 les mines d’Uramin seraient évaluées à zéro. Et cependant la presse française fait savoir que notre ministre des finances Baroin rappelle au Président du Conseil de surveillance d’Areva, Jean-Cyril Spinetta , que les « grandes orientations du nouveau mandat du dirigeant d’Areva » ont comme but « de créer de la valeur pour les actionnaires du groupe, à la fois du fait de l’amélioration de la valorisation du titre et de la capacité à rémunérer le capital investi » (site Owni du 14/11/2011 et l’Humanité du 01/12/2011).

Dans ces conditions, comment croire qu’Uramin vaut zéro ?

Est-ce que les mines seraient acquises par Eramet, société minière française ex nationalisée, c’est à dire par la famille Duval principal actionnaire (Société Sorame + CEIR) ?. Mais celle-ci est empêtrée dans un procès tenté par le milliardaire franco-polonais Zalenski possesseur de ~13 % du capital d’Eramet qui accuse le gouvernement de ne pas avoir respecté la procédure d’appels d’offres concernant la montée des Duval dans le capital d’Eramet à hauteur de 37,07 %. La fortune des Duval est évaluée fin 2009 à 1,805 Mds€. Et au même moment le gouvernement met en vente la participation d’Areva dans Eramet qui serait achetée dans un premier temps pour ne pas faire désordre par le Fond stratégique d’industrialisation, le FSI.
Comme dit Anne Lauvergeon, on devrait peut-être savoir bientôt quels sont les intérêts privés qu’elle aurait dérangés.

Alors pourquoi l’UFAL association familiale dénonce-t-elle une pareille situation ?

  • Cette absence de démocratie dans les attributions du patrimoine privé à bas coût accordées à « des intérêts privés » par l’Élysée porte un nom : la corruption. Il y a donc un non-respect des valeurs de la République et aussi pour les conséquences suivantes.
  • Au nom d’intérêts privés, on dévalue la valeur du patrimoine public lors de son passage au privé. Pour faire passer la pilule, on monte toute une propagande, participation de barbouzes comprise.
  • Des licenciements sont prévus à hauteur de 1000 à 1500 personnes
  • On découvre que la campagne menée de sortie du nucléaire constitue un argument qui sert les intérêts des sociétés gazières et pétrolières qui sont les mêmes et les plus importantes pour l’implantation des énergies renouvelables.
  • La privatisation de l’énergie, dont Areva, a provoqué la loi Nome déjà dénoncée par notre association. Non seulement le prix des carburants flambe ainsi que celui du gaz, mais on nous annonce une augmentation de 30 % d’ici 2016 du prix de l’électricité.
  • Qui va payer ? Le contribuable. Comment ? Par la Contribution au Service Publique de l’Energie décidée par la Commission de Régulation de l’Energie, la CRE, et prélevée sur nos factures d’énergie.
  • Que dit le dernier rapport de la CRE ?

 
D’abord que les augmentations de la CSPE seront les suivantes :

Année 2009 2011 2016
Montant de la CSPE en €/MWh 4,5 €/MWh 9,0 €/MWh 19 à 20 €/MWh

 
Ces augmentations sont motivées par la remise en état du parc nucléaire et par les investissements à réaliser dans les énergies renouvelables, 10 Mds € prévus pour l’éolien.

Puisque c’est le contribuable qui paye, l’UFAL demande aux partis politiques, le retour à la Nation de la gestion de l’énergie par la création d’un grand service public de l’énergie.

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