Chronique de la politique industrielle : fin janvier 2011

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Quels liens existent entre la fusion d’EDF-Veolia en 2009, le procès de Jean-Marie Messier en janvier 2011 et la création de la fusion en janvier 2011 de Veolia-Transdev dans le transport ? Une illustration de la politique industrielle de nos princes.

L’ex-Compagnie générale des Eaux, créée en 1853 par décret impérial, échappa par trois fois aux nationalisations de 1936, 1944, 1981. On dit que les contrats obtenus par la CGE sont dus à l’origine sociale de ses créateurs : banquiers, barons, ducs et comtes d’Empire. En effet, en 1853 c’est aussi par décret impérial que la ville de Lyon s’engage à acheter de l’eau à la CGE à des conditions fixées à l’avance non révisables sur 20 ans. Suivront les villes de Nantes, Paris etc. C’est la première fois au monde qu’une concession de l’eau était faite. Au delà de la gestion de l’eau des grandes villes, la CGE acquit ainsi pendant un peu plus d’un siècle, des sociétés de tramways, d’automobiles (CGEA), Compagnie générale de Chauffe (CGC) et le traitement des déchets. D’où ses vocations : l’eau, la propreté, les services énergétiques et le transport.

En 1996 la CGE nomme PDG Jean-Marie Messier, énarque, ancien du cabinet du ministre  chargé des privatisations (gouvernement Balladur), puis ancien banquier d’affaires chez Lazard.
En 1998, la CGE devient Vivendi qui achète Pathé et fusionne avec Universal et se dote ainsi de deux autres secteurs : la communication et le divertissement.
Pour atteindre ces résultats, Vivendi ex-CGE obtient du gouvernement Jospin (1997-2002)
3 milliards de francs d’exception fiscale pour l’achat de Pathé et 5 milliards de francs pour la fusion avec Universal.
En 2002, le groupe est au bord de la banqueroute, l’action passe de 140€ initial à 8,62€. Jean-Marie Messier démissionne mais demande quelques 20 millions d’euros d’indemnités qu’il abandonnera devant le tollé provoqué. Une plainte est ouverte contre Messier pour « diffusion d’informations fausses ou trompeuses » car on découvre que les pertes de Vivendi s’élève à 35 milliards d’euros. En janvier 2011, la première phase du procès Messier en France vient de se tenir soit 9 ans après : Messier est condamné en première instance à 3 ans de prison avec sursis et 150 000€ d’amende. Un autre procès l’attend aux Etats-Unis.

En 2000, une séparation en deux parties a lieu : une partie s’appellera Vivendi Universal puis Vivendi et une autre, Vivendi Environnement prendra le nom en 2003 de Veolia Environnement puis de Veolia. Son slogan « L’environnement est un défi industriel ».
En 2003, le PDG est désormais Henri Proglio un intime de Monsieur Sarkozy et un des invités du Fouquet. Ainsi Veolia possède quatre grands secteurs: Veolia Eau, Veolia Propreté, Veolia Énergie (Daklia), Veolia Transport du public (ex-CGEA, ex-Connex). Rappelons que tous ces domaines étaient gérés auparavant par des services publics.
En 2004, Bercy octroie à Veolia « le régime fiscal du bénéfice mondial consolidé » renouvelé en 2009 en un mot des dérogations d’impôts très importantes. En 2008, Veolia déplace 3 milliards d’euros de capitaux vers la Belgique (voir le Monde Diplomatique), en d’autres termes et une nouvelle fois contournement pour payer moins d’impôts en France.
Et malgré cela en 2008 le titre de Veolia chute de 64% suivi d’une nouvelle chute de 39% en trois mois.
En 2009, pour sauver Veolia, les princes qui nous gouvernent décident sans aucune consultation, ni du parlement et encore moins par référendum, de « donner » EDF (société publique) à Veolia. Et on connaît l’échec d’EDF : 45 milliards de dettes, la loi Nome, etc.
Et puis les marges de Veolia Transport « n’ont cessé de s’éroder au cours de ces cinq dernières années tandis que les cash-flow, après la perte de quelques gros contrats, couvraient de plus en plus en mal les investissements, eux, sur une pente ascendante ».  En conséquence, les princes ajoutèrent à Veolia la société de transport Transdev dépendant de l’épargne des français c’est à dire de la Caisse des Dépôts et Consignation rejetant ainsi l’offre de Keolis dépendant de la SNCF. L’accord de fusion Veolia Transport – Transdev vient d’obtenir l’autorisation au 1er janvier 2011 de l’Autorité de la Concurrence de la Commission Européenne formant ainsi un groupe de transport pesant 8,107milliards d’euros et employant 117 000 personnes, autorisation accordée pour tout l’espace économique européen notamment sur le transport international de passagers par autocars. Cependant Veolia/Transdev seront obligés de financer un fond d’animation de la concurrence à hauteur de 6,54 millions d’euros.
Rappelons que les transports Veolia, Trandev et Keolis sont utilisés pour le transport scolaire et d’une façon générale urbain par des « Délégations de Services Publics ». Le marché dans le transport serait de 340 milliards d’euros dont 100 milliards d’euros accessibles aux entreprises privées.
Et cependant cette fusion est considérée comme un non évènement boursier peut-être +3% du cours actuel de Veolia. On attend avec impatience, paraît-il, la future introduction en bourse.

En conclusion : On remarquera les nombreux « échecs de gestion » mais « échec » pour qui ? Par ordre des princes on remarquera également les très importantes injections financières et industrielles publiques qui ont été nécessaires pour maintenir le bateau à peu près à flot. C’est pourquoi la conclusion qui s’impose c’est que l’UFAL demande aux organisations politiques et syndicales de gauche de militer avec elle pour la socialisation de ce type de société et non la nationalisation en rappelant que Veolia exploite ce que nous appelons « le bien public » c’est à dire : l’eau, l’énergie, le transport public et ses conséquences, les déchets etc.

Que voilà une belle intervention d’éducation populaire !

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