Juger les Femen pour « exhibition sexuelle », c’est pervertir la loi

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L’UFAL est signataire de cette tribune publiée sur le site de Libération, le 22 février 2016

Trois membres du collectif Femen doivent comparaître pour avoir manifesté lors du procès du Carlton, au cours duquel ceux qui ont reconnu avoir eu des pratiques sexuelles violentes à l’encontre de prostituées, ont été relaxés.

slider_femen_230216Monsieur le procureur de la République, le 24 février, trois militantes du mouvement Femen comparaîtront, à la suite de votre décision, devant le tribunal de Lille pour répondre de l’accusation d’« exhibition sexuelle ». Le 10 février 2015, elles avaient manifesté le torse recouvert de slogans contre la prostitution et les violences sexuelles faites aux femmes devant le palais de justice de Lille, à l’occasion du procès dit «du Carlton».

Au cours de ce procès pour proxénétisme, ceux qui ont reconnu avoir eu des pratiques sexuelles violentes à l’encontre de femmes prostituées ont été relaxés. Et ce sont finalement les militantes venues dénoncer ces violences qui sont poursuivies sur le fondement inique d’une prétendue « agression sexuelle ». Les femmes seraient-elles encore et toujours coupables et jamais victimes ?

C’est grâce à l’engagement résolu des mouvements des femmes au cours des dernières décennies que la notion d’agression sexuelle, en tant qu’atteinte à l’intégrité de la personne humaine, a été inscrite dans notre droit et que les violences contre les femmes sont aujourd’hui identifiées et poursuivies.

Pourtant, la France est bien loin de les avoir éradiquées comme le montrent les dernières statistiques qui constatent une augmentation constante des viols et des violences faites aux femmes, ainsi que l’essor de l’exploitation sexuelle de leur corps par la prostitution. Nous sommes convaincues que de nouvelles avancées démocratiques sont nécessaires dans la loi et dans son application pour lutter efficacement contre ces crimes qui brisent chaque année des milliers de vies.

Les trois Femen manifestaient dans ce but, et c’est un comble qu’elles doivent comparaître pour délit d’«exhibition sexuelle» encourant ainsi une condamnation qui ferait de ces militantes politiques – et le caractère politique de chacune de leurs manifestations est unanimement reconnu – des «délinquantes sexuelles» frappées d’interdictions professionnelles !

Une telle poursuite sous une telle qualification défigure et dégrade notre combat. Elle pervertit l’esprit de la loi en la retournant de manière inadmissible contre des jeunes femmes courageuses qui ne font que s’insurger contre une situation inacceptable.

En tant que membres de la société, dont vous êtes le représentant, nous protestons avec force contre les poursuites engagées à l’encontre des militantes Femen. Nous vous demandons de les abandonner purement et simplement afin de mettre un terme à une injustice notoire et à une dangereuse régression démocratique, et d’envoyer ainsi un message fort d’égalité et de justice sociale à l’ensemble de notre République.

Premier(e)s signataires
Adonis, poète, Mélanie Albatangelo, avocate, Waleed Al Husseini, écrivain, fondateur du CEMF, Catherine Bahuchet, avocate, Claire Barré, scénariste, romancière, Sophie Bassouls, photographe, Julien Bayou, conseiller régional, Nicole Belmont, anthropologue, Directrice de Recherche, EHESS Karim Benmiloud, professeur (université Montpellier), membre de l’Institut, Charles Berbérian, dessinateur, Julie Bertuccelli, cinéaste, Sylvina Boissonnas, AFD/MLF, Sara Calderon, maître de conférences (Université de Nice), Barbara Carlotti, chanteuse, Chantal Chawaf, écrivaine, Colette Charriau, conseillère régionale, Lia Cigarini, avocate, libreria delle donne (Italie), Fanny Cottençon, actrice, Edith Cresson, ancien Premier Ministre, Roger Dadoun, psychanalyste, philosophe, Eva Darlan, actrice, Julie Debazac, actrice, Colette Deblé, peintre, Erri De Luca, écrivain, Francine Demichel, professeur de Droit Emerite (Paris VIII), Sophie Demichel, philosophe, écrivaine, Diastème, auteur, metteur en scène, réalisateur, Zineb El Rhazoui, journaliste, Eve Ensler, écrivain, scénariste ( USA), Lydie Err La médiateure du Grand-Duché (Luxembourg), Lidia Falcon, avocate, présidente du Parti Féministe (Espagne), Pierrette Fleutiaux, écrivaine, René Fouque, AFD, Jean Pierre Gastaud, avocat, professeur de droit (Paris Dauphine), Barbara Glowczewski, anthropologue, directrice de recherche au CNRS, , Jean Joseph Goux, philosophe, François Guéry, philosophe, Catherine Guyot, AFD/MLF, Deborah Hassoun, scénariste, Pascaline Hervéet, chanteuse «les Elles», He Yuong, présidente écrivains chinoises en France, Rosen Hircher, survivante, Michèle Idels, AFD/MLF, Dominique Isserman, photographe, Agnès Jaoui actrice, réalisatrice, Irmeli Jung, photographe, PhilippeKaterine, musicien, Sophie Keir, artiste(USA), Georges Kiejman, avocat, ancien ministre, Karim Lahidji, président de la FIDH, Françoise Lalanne, avocate, Jean Marie Larrieu, réalisateur, Nathalie Léger- Cresson, écrivaine, Virginie Legrand,productrice, Lio, chanteuse, actrice, Catherine Lopes Curval, peintre, Malka Marcovich, historienne, Caroline Mécary, avocate, Macha Méril, actrice, Jacqueline Merville, écrivaine, Guillaume Meurice,humoriste, Mengue M’Eyaà, présidente du Mouvement Civique des Femmes (Gabon), Kate Millet, écrivaine, critique féministe (USA), Luisa Muraro, philosophe, libreria delle donne (Italie), Mariam Namazie, militante politique(Iran),Taslima Nasreen, écrivaine, Elisabeth Nicoli, AFD/MLF, Marie Nimier, écrivaine, Marie-Agnès Palaisi-Robert, professeur (Université Toulouse-Jean Jaurès), directrice de l’IPEAT, Catherine Perret, philosophe, professeur ( Paris VIII), Emmanuel Pierrat, avocat, écrivain, Emmanuelle Piet, médecin, Céline Pina, conseillère régionale, Cécile Quintina, professeure (Université de Poitiers), Corinne Rey, Coco, dessinatrice, Patricia Rodrigues, écrivain, psychanalyste(Mexique), Muriel Salmona, psychiatre, présidente traumatisme et victomologie, KadidiaSangaré, avocate, présidente de la Commission des droits de l’homme (Mali), Géraldine Sat-Duparay, avocate, Bernard Schalscha, France Syrie Démocratie,Maud Silberberg, avocate, Christine Spengler, reporter de guerre, photographe, Salomé Stevenin, comédienne, Isabelle Steyer, avocate, Annie Sugier,présidente LDIF, Alain Touraine, sociologue, Isabelle Touton, maître de conférences, (université Bordeaux-Montaigne), Sandrine Vergonjeanne, avocate, Christine Villeneuve, AFD/MLF, Marina Vlady, actrice, Catherine Weinzaepflen, écrivaine, Yu Zhou, Happy Togayther LGBT (franco-chinoise)., Guillaume Zambrano, enseignant-chercheur en Droit, (université de Nîmes), Monica Zapata, professeure (Université de Tours), directrice du CIREMIA, Makhi Xenakis, artiste…

ET, Causette, Centre Évolutif Lilith, Collectif Debout(Nancy), Collectif féministe contre le viol, Collectif libertaire Anti-Sexiste, Confédération paysanne (secrétariat national), Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF), Couserans palestine, Elles Aussi, Encore Féministes, FemenInternational, Femmes sans voile d’Aubervilliers, Femmes Solidaires, La Barbe, Le Mouvement du Nid, les Associations Familiales Laïques (Bas Rhin), Les Chiennes de Garde, Les Effrontées, Ligue du Droit International des Femmes (LDIF), Maison Des Femmes (Paris, Lille), Osez Le Féminisme (OLF), Parole Citoyenne, Planning Familial (et PF 85), Solidarité Femmes (Belfort), Union des familles laïques (UFAL), Zéro Macho…

Cette lettre est à l’initiative de l’Alliance des femmes pour la démocratie (AFD) et du mouvement Femen.

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5 commentaires

  1. c’est vrai que ça parait un comble risible si ce n’était dramatique pour elles…
    mais en droit (et c’est en droit que l’on juge devant les tribunaux) on ne commet pas un délit pour en empêcher un autre, alors juste pour le dénoncer je vous laisse imaginer la conclusion…
    les Femens vont parfois très loin et prennent des risques ; elles mentent ou traficotent l’info aussi au besoin parfois comme on l’avait vu a
    pour la justesse du combat, mais seulement pour cela, espérons la clémence du tribunal

  2. mon commentaire a été pris de manière incomplète et est incompréhensible, je le reprends donc dans son intégralité :

    c’est vrai que ça parait un comble risible si ce n’était dramatique pour elles…
    mais en droit (et c’est en droit que l’on juge devant les tribunaux) on ne commet pas un délit pour en empêcher un autre, alors juste pour le dénoncer je vous laisse imaginer la conclusion…
    les Femens vont parfois très loin et prennent des risques ; elles mentent ou traficotent l’info aussi au besoin parfois comme on l’avait vu à propos d’un Congrès à Nanterre pour lequel elles avaient diffusé des infos inexactes, motif pour lequel l’intégralité des médias les avaient lâchées sur ce coup discréditant leur position alors qu’elles avaient dix mille fois raison s’agissant de la situation de la femme dans le monde islamique…
    pour la justesse du combat espérons en l’espèce la clémence du tribunal !

  3. Durosoir Georgie on

    être lucide sur les excès commis parfois par les Femen n’empêche pas, en effet, d’estimer leur combat légitime et d’admirer leur courage. Les jeunes femmes actuelles mesurent rarement ce qu’elles doivent à l’engagement et au courage de leurs ancêtres féminines, depuis très longtemps. C’est ce que je dis à mes filles.
    Les Femen, dans un sens, font aussi oeuvre d’instruction civique, même si c’est parfois avec un peu d’incivilité…

  4. J’admire le courage des femens, elles savent pourquoi elles se battent. Comparaître devant le tribunal est absurde, alors que ceux qui ont violé ont été acquités…

  5. Georges Dieumegard on

    Ah, si tous les hommes étaient des femmes comme elles on aurait amélioré notre civilisation depuis longtemps. Maintenant je me pose une question à propos du juge qui a pris cette décision qui a pu voir une exhibition sexuelle dans cette manifestation, prouve qu’il a une expérience d’expert.
    Et toutes les femmes qui sont les seins nus sur nos plages ?