Une vision de la famille du XXIe siècle très inspirée des années 30 du XXe siècle

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Dans son discours sur la politique familiale prononcé à Lavaur le 7 février, le président de la République a montré une conception de la rupture qui s’apparente plus à un retour en arrière qu’à un pas vers le progrès social.

Malgré la levée de boucliers contre son initiative personnelle de TVA sociale, dont nous avons déjà dit tout le mal que nous en pensions, il s’entête, avec sa rhétorique habituelle qui vise à faire croire qu’il nous propose la seule solution possible face à un problème dont la gravité est exagérée. Mais une fois encore, il se garde bien de révéler la vraie nature de son cadeau au MEDEF : baisser les salaires (au travers de la baisse des cotisations patronales, c’est-à-dire une part socialisée du salaire) et fiscaliser une partie la branche famille de la Sécurité sociale pour faciliter sa privatisation demain, voire sa disparition.

Mais dans son discours, Nicolas Sarkozy a surtout affirmé une vision très réactionnaire de la famille et de sa place dans la société.

Selon lui, « avoir des enfants, […], c’est le sens de la vie ». Si la vie devait avoir un sens, voilà qui serait très réducteur, mais devrait plaire à l’électorat traditionaliste. Au passage, cela dispense celui qui est le mieux placé pour agir sur la qualité de la vie de ces concitoyens de parler d’émancipation, de liberté, d’égalité des droits, de réduction des inégalités, etc. Pour bien appuyer son propos et bien clarifier son modèle de la famille, il décrète ensuite que « Les Français n’envisagent pas la famille sans enfants », ils seront heureux de l’apprendre !

S’en suit un couplet qui fleure bon les années 30 avec une vision de la société française fort peu républicaine (« la France doit aux familles françaises sa continuité. Une continuité démographique, mais je veux dire aussi une continuité culturelle et une continuité historique, car si la France existe en tant que Nation, c’est que les Français partagent une Histoire commune », « il n’est de promesse d’avenir pour un peuple et pour une Nation que les enfants qui naissent et qui grandissent sur son sol »). Pour rester dans le même registre et pour couper court aux revendications d’une politique familiale égalitaire et solidaire qui soutient les familles qui ont des enfants, il affirme qu’« une politique familiale, c’est une politique pour encourager la natalité ».
Il est vrai que c’est ainsi qu’elle a été conçue alors que les deux guerres mondiales avaient entraîné une saignée démographique, mais quel est le sens de cette position aujourd’hui ?

Après un plaidoyer pour l’héritage, facteur majeur de reproduction des inégalités sociales, il se félicite ensuite de la réussite de sa mesure phare en matière de politique familiale, le chantage à la suppression des allocations familiales pour les parents dont les enfants sont coupables d’absentéisme scolaire : « c’est tout simple : les allocations familiales sont faites pour aider les familles à élever leurs enfants. Si certaines familles renoncent à élever leurs enfants, l’État renoncera à leur donner les allocations familiales ». Et si monsieur le président s’entête dans sa politique antisociale, on lui coupe son salaire ?

Pour terminer, et au cas où l’on aurait pas bien compris que Nicolas Sarkozy ne défendait pas une politique familiale au profit de toutes LES familles, mais proposait sa conception de LA famille (un couple hétérosexuel marié avec trois enfants), il se place résolument dans la lignée du familialisme le plus réactionnaire : « Nous devons aimer la famille, nous devons défendre la famille, nous devons préserver la famille, car elle est le socle de la société française, de notre identité nationale. », « c’est aux familles qui composent la première cellule de notre immense corps social que la France doit sa richesse et son dynamisme depuis des siècles ».

Multipliant les références anté-révolutionnaires, passant à la trappe la citoyenneté comme fondement du corps social et politique, Nicolas Sarkozy se positionne dans une tradition familialiste et nataliste en total décalage avec l’évolution de la société française (même l’UNAF ne fait plus référence à la famille comme cellule de base de la société dans son projet institutionnel !). Le libéral, populiste et bonapartiste de 2007 a fait place au réactionnaire maurrassien de 2012, comme nous l’avions pressenti l’an dernier. Qu’est-ce qui en effet le différencie aujourd’hui de la conception de la famille qu’énonçait Charles Maurras « La famille fonde l’État puisque, d’une part, la population n’existe que par cet élément, et que, d’autre part, c’est elle qui distingue la société politique des autres : société qui ne se recrute point par la volonté de ses membres, mais normalement par voie de génération, société où l’on naît et se reproduit » ?

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