Conférence « Laïcité et liberté : même combat  » – Discours de conclusion de Christian Gaudray, président de l’UFAL

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discours_christianVous avez certainement entendu parler du Festival du Mot qui organise tous les ans l’élection du mot de l’année avec les choix d’un jury et celui d’internautes. Cette année, le jury a choisi « laïcité » et les internautes — plus de 100.000 votants de 118 pays — « liberté d’expression ». Et lorsque l’on sait que l’an dernier les votes s’étaient portés sur « transition » et « selfie », on se dit que le 11 janvier a bien été l’électrochoc collectif qui a remis ces deux principes républicains au cœur des consciences.

Après les attentats de Paris et de Copenhague, nous voulions montrer qu’il y a des laïques qui refusent de se taire et qui n’ont pas l’intention de baisser les bras dans la défense des libertés !
En organisant cette réunion publique, l’UFAL a souhaité mettre à l’honneur des militants et montrer à partir d’exemples concrets comment le militantisme laïque permet de défendre nos libertés et d’en conquérir de nouvelles. Liberté d’expression, liberté de « blasphémer », émancipation par l’instruction, liberté de mourir dans la dignité, liberté à disposer de son corps, liberté sexuelle : autant de libertés que la laïcité rend effectives.

Car la laïcité est consubstantielle de notre socle de libertés et de notre identité républicaine. Elle est la pierre angulaire du système des libertés publiques.
Partout où le blasphème est reconnu, partout où la religion n’est pas séparée de l’État, les libertés ne sont pas garanties, à commencer par celles des femmes, des libres penseurs, des minorités et des journalistes.
Le principe de laïcité ajoute à cette promesse de liberté des clauses propres à la garantir : neutralité de la sphère publique, égalité des droits, séparation des religions et de l’État. Il est à la source aussi bien de l’émancipation intellectuelle que de l’émancipation sociale. Il est la condition de l’intégration républicaine.

Assassiner quelqu’un pour motifs religieux n’est pas enfreindre la laïcité, c’est commettre un crime odieux. Mettre en avant la laïcité pour y répondre, n’est-ce pas alors se tromper de riposte se demandent certains ? Si l’on considère que ce sont nos institutions démocratiques qui sont menacées, que c’est la République qui est attaquée au travers ses citoyens, qu’ils soient militants, journalistes, juifs ou membres des forces de l’ordre, alors il faut bien se poser la question du « comment faire société ». Et dès lors, la liaison du combat laïque et du combat social représente pour tous les humanistes œuvrant pour le progrès social LE levier qu’il convient de faire vivre. Tel est le défi qui s’offre à nous, telle est la nature de notre engagement, et personne ne nous en détournera.

Les politiques hésitantes et les laïques honteux mettent en péril la République. Ils oublient ou feignent d’ignorer que la défense et la promotion des valeurs et principes républicains sont exigeantes, et que cette exigence est un devoir moral.
Céder à la pression d’une communauté ou d’une partie d’une communauté en octroyant des dérogations à la règle commune au prétexte d’intérêts propres, c’est demain ouvrir la porte à l’octroi de droits propres et il en sera fini de la République indivisible, laïque, démocratique et sociale. C’est ouvrir la porte à la surenchère des revendications et à une véritable guérilla pour éprouver sans relâche des limites désormais considérées comme pouvant être repoussées. François Hollande a parlé mercredi dans son discours au Panthéon de la laïcité comme d’un « mur infranchissable dressé devant ceux qui veulent diviser les Français ». Mais si les actes ne suivent pas le discours, le mur pourrait bien se révéler n’être qu’une nouvelle Ligne Maginot.

L’UFAL est une association familiale laïque, progressiste et indépendante.
Nous sommes minoritaires dans l’institution familiale, qui représente officiellement l’ensemble des familles qui vivent sur le territoire de la République, et nous nous confrontons quotidiennement aux mouvements réactionnaires et cléricaux, dont certains ont été très actifs dans la Manif pour tous contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Nous avons alors pris une part active dans ce combat pour l’égalité, en expliquant que si les droits ne sont pas les mêmes pour tous, alors il n’y a pas d’égalité en droits. Et lorsque ce sont des dogmes qui sont invoqués pour faire obstacle à l’égalité, ce sont les militants laïques, porteurs de valeurs universelles, qui ont contribué à faire admettre que ce n’était pas une revendication particulière, mais une avancée républicaine, et ce sont eux qui ont permis la semaine dernière à l’APGL d’être agréée par l’UNAF.

Liberté de choisir le moment de sa mort, liberté de disposer de son corps, liberté de conscience, liberté d’expression. L’une est à conquérir, les autres sont à défendre. Et pour assurer leur défense, il faut, à côté des institutions, des militants animés de convictions. Nous avons à l’UFAL placé l’année 2015 sous le signe des convictions laïques. Qui donc autre que nous pouvait réunir à une même tribune Zineb El Rhazoui de Charlie Hebdo, Inna Shevchenko des Femen, Jacqueline Jencquel de l’ADMD, le militant laïque Eddy Khaldi et Charles Arambourou de l’UFAL ?

Dernièrement, nous avons lancé des campagnes pour l’abrogation du délit de blasphème dans le droit local d’Alsace-Moselle, pour une laïcité sans exceptions en prônant la sortie progressive et négociée du système concordataire en Alsace-Moselle, pour la réhabilitation de l’impôt sur le revenu et contre l’injustice fiscale, ou encore contre le financement public de l’officine intégriste Civitas.
Nous avons organisé à l’automne dernier deux colloques, l’un sur la réforme de la filiation, l’autre pour défendre un accès universel aux soins.
Nous organisons tous les ans la Semaine de la laïcité en mobilisant nos implantations locales sur tout le territoire métropolitain et outre-mer.
Nous assurons de nombreuses représentations dans de multiples instances qui régissent notre vie quotidienne, dans les domaines de l’habitat, de la santé, de l’école, de la famille et du social.
Cet été nous organisons l’Université Laïque Européenne près de Lille en collaboration avec nos partenaires laïques Belges de la Fédération européenne des maisons de la laïcité, vous y êtes conviés et trouverez les informations sur notre site internet.
Cet automne, nous célébrerons le 70ème anniversaire des ordonnances qui ont créé la Sécurité sociale, cœur de notre protection sociale solidaire et aujourd’hui menacée par les politiques néolibérales et les intérêts financiers.

Tous ces combats demandent des moyens, des militants et des sympathisants. C’est pourquoi je terminerais en vous recommandant de faire bon usage du bulletin d’adhésion qui vous a été remis et de ne pas hésiter à parler autour de vous de l’UFAL, cette petite association militante qui je l’espère vous a permis de passer un moment agréable et utile.

Merci à tous pour votre participation,
Salut et fraternité.

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