Un master « Métiers de l’enseignement et de l’éducation ? »

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Sans aucune concertation préalable, sans même avoir laissé le temps aux différents UFR concernés par la préparation aux concours d’examiner cette offre de formation au point que l’immense majorité des enseignants-chercheurs en ignore jusqu’à l’existence, l’IUFM de Créteil prétend imposer aux Universités de l’Académie la création d’un « Master des métiers de l’enseignement et de l’éducation » qui ne tient aucun compte des contraintes contextuelles et politiques ni des souhaits – maintes fois exprimés par les responsables des différentes disciplines – de préserver la dimension scientifique de la formation des maîtres. Une offre de formation qui ne tient aucun compte, pour couronner le tout, des besoins et des intérêts des candidats et des étudiants.

Intempestif et extravagant, n’ayant aucune chance de correspondre à une éventuelle réforme de la formation des maîtres – quelle que soit cette dernière -, irréaliste sur la durée réelle des études, hypocritement discret sur le sort réservé aux candidats en échec, réduisant à la part congrue les savoirs disciplinaires en attendant de pouvoir complètement les supprimer, accablant d’injonctions contradictoires les malheureux étudiants qui s’engageraient dans un tel cursus, insensible aux besoins réels et aux intérêts des candidats, proposant des formations inutiles dans le meilleur des cas et le plus souvent contreproductives, faisant miroiter des débouchés qui n’existent pas, se berçant d’illusions sur les désirs des néo-titulaires de poursuivre « tout au long de la vie » une formation IUFM qui, depuis qu’elle existe, rebute l’immense majorité des stagiaires, ce projet n’a en réalité qu’un but : fournir aux professeurs en « sciences de l’éducation » une masse d’étudiants captifs en substitution des égarés qui, ayant entrepris ce cursus au niveau licence ont subi un enseignement si indigent et si inadapté qu’ils n’arrivent même pas à réussir au concours du primaire. Se situant sans le dire dans l’hypothèse d’une suppression des concours, ce projet vise à donner à l’IUFM le monopole d’une formation des maîtres d’où seraient enfin exclu, conformément aux principes fondateurs de ces institutions néfastes, tout ce qui relève des vrais savoirs universitaires. C’est ce que nous démontrerons dans l’argumentaire ci-dessous.

1. Dans le contexte actuel, cette initiative est à la fois prématurée et extravagante. Prématurée car nul ne sait encore ce que le Ministère décidera sur l’avenir des concours : c’est seulement au mois de juin qu’on y verra plus clair. Extravagante car le schéma retenu ne correspond à aucun des scénarios envisagés dans le Livre Vert de la Commission Pochard, ni dans aucune des propositions émanant de différents secteurs (Sociétés savantes, Société des Agrégés, Jurys des concours externes et internes, Association « Reconstruire l’Ecole », etc.). Pour comble, il ne correspond à aucun des trois dispositifs imaginés par la CDIUFM ! Il n’est guère prudent de faire ainsi cavalier seul dans un domaine où, en tout état de cause, le donneur d’ordres est le Ministère de l’Education nationale (et pas celui des Universités). Est-il raisonnable d’adopter un projet dont l’architecture ne correspond à aucune des hypothèses actuelles et qui n’a donc pratiquement aucune chance de pouvoir s’intégrer dans un nouveau cadre réglementaire, par ailleurs encore dans les limbes ? Ne serait-il pas automatiquement caduc avant même son entrée en vigueur ? Il suffirait, par exemple, que les prérequis des différents concours soient modifiés ou qu’une équivalence (totale ou partielle) du master soit accordée aux lauréats (ou aux admissibles) pour que l’ensemble de ce dispositif tombe à l’eau.

2. Incapables – et pour cause – de prévoir ce que sera l’avenir des concours, les promoteurs de ce master n’ont même pas été en mesure de l’intégrer dans les cursus tels qu’ils existent aujourd’hui. Ils le reconnaissent eux-mêmes puisqu’ils avouent que la formation ne peut pas être semestrialisée et qu’elle durera au minimum trois ans dans l’hypothèse la plus favorable (celle des candidats qui réussiraient au concours lors de leur première tentative). Or un master est prévu pour durer quatre semestres. Pour parer à cette objection, les rédacteurs du projet citent, en pensant sans doute que cette référence juridique fera « sérieux » et qu’on n’y verra que du feu, les articles 2 et 5 du décret 2002-482. Quand on a la curiosité de consulter ces textes, on s’aperçoit que l’article 5 ne concerne pas du tout le problème et que l’article 2 est cité à contresens. Car ce dernier confirme, d’une part, « l’organisation des formations en semestres » (point 2 de l’article 2) et définit, d’autre part, au point 3 le caractère « capitalisable et transférable » des ECTS dans le cadre des échanges entre différentes Universités européennes (c’est d’ailleurs ce que signifie le sigle : European Credit Transfert System)). Ces notions de capitalisation et de transfert ne s’appliquent donc pas au sein d’un seul et même master pour la bonne raison que les étudiants engagés dans ce cursus n’ont rien à capitaliser ni, encore moins, à transférer. Il faut ici distinguer deux choses très différentes. Le fait qu’un étudiant puisse, pour telle ou telle raison, effectuer ses études en un temps plus long que le temps requis n’est pas une nouveauté ; qu’il garde le bénéfice des modules acquis (capitalisation) au sein d’une même formation, non plus : c’est même le cas le plus fréquent en licence ou en master. Ce qui serait une nouveauté – et de taille – c’est que l’offre de formation elle-même impliquât l’existence d’au moins deux semestres supplémentaires et qu’il fût impossible d’effectuer ce parcours dans le temps réglementaire de deux années universitaires.

3. Un examen, même très rapide, de cette offre de formation permet de constater la haute estime dont jouissent les savoirs disciplinaires auprès des promoteurs de ce master dit « métiers de l’enseignement et de l’éducation » : 30 ECTS sur 120. Tout le reste est dévolu à la formation professionnelle (30 ECTS) et surtout à un bric-à-brac de choses diverses relevant de ce qu’il est convenu d’appeler les « sciences de l’éducation » et qui se taillent la part du lion (60 ECTS). Sans doute un professeur a-t-il besoin de deux fois plus de « compétences » dans les domaines historico-épistémologico-cognitifs et socio-didactico-psycho-linguistiques (dans cet ordre ou un autre) que d’une bonne connaissance des savoirs qu’il a pour mission de transmettre à ses élèves? On passera rapidement sur ce point : que pouvait-on attendre d’autre d’un projet élaboré par un IUFM et un groupe de chercheurs en « sciences de l’éducation » ?

4. On a, en outre, beaucoup de mal à comprendre quel est exactement le parcours proposé aux différents publics et, plus particulièrement, aux candidats aux concours de recrutement et aux néo-titulaires, par ailleurs définis comme le seul « public pérenne » (une fois qu’on aura donné un master aux formateurs en IUFM qui ne sont titulaires que d’une licence ou même d’un simple baccalauréat). Un voile fort pudique est en effet jeté sur ce qui, depuis leur création, constitue la principale cause des dysfonctionnements des IUFM : cet « obstacle » que représente, selon diverses déclarations des responsables des IUFM, l’existence des concours en fin de première année. Ou pour le dire plus crûment : que faire des candidats en échec ? On nous dit d’une part ceci :
« Les candidats ayant validé le M1 mais qui ne seraient pas reçus aux épreuves théoriques d’un concours de recrutement de l’éducation nationale ou qui décideraient de poursuivre dans ce master sans les passer pourraient être admis en M2 s’ils suivent un stage dans les métiers de l’éducation comparable en volume et en exigence à ceux de l’enseignement et à condition que ce stage fasse l’objet d’une évaluation agréée par les jurys académiques. »
L’expression est assez contournée mais on croit comprendre que ces candidats malheureux seraient invités à se réorienter dans l’un de ces débouchés mirobolants que nous examinerons plus loin : incités donc, mais sous conditions (entre autres celle de galérer pour se trouver eux-mêmes un stage), à poursuivre un master qui ne mènerait plus au métier d’enseignant. Or les effectifs concernés ne sont pas négligeables. Etant donné le ratio nombre de candidats/nombre de postes, ils représenteraient en moyenne 80 % des inscrits en première année de master. Et s’ils ne veulent pas se « réorienter » ? Car un candidat aux concours sait bien qu’il a relativement peu de chances de réussir à la première tentative et envisage assez sereinement de le passer deux (ou même trois) fois. C’est seulement après une série d’échecs répétés qu’il songe à se « réorienter ». D’où la question à laquelle ce texte omet de répondre de façon claire – et qui est pourtant la plus importante de toutes : seront-ils autorisés à redoubler (ou à tripler) leur M1 ? Un deuxième passage semble impliquer une réponse positive :
« On peut cependant compter sur le fait que l’obtention de la partie théorique d’un CRPE ou d’un CAPES/CAPSES/CAPET prend au moins deux ans pour la plupart des candidats, ce qui permet de lisser dans le temps l’obtention d’éléments de master »
Un tel schéma implique deux choses :
Les candidats aux concours sont incités à suivre, dès la première année, des « éléments de master » extérieurs à la préparation elle-même. Or ces éléments comptent, eux aussi, pour 30 ECTS en M1 : la moitié du total. Supposons que les candidats divisent cet effort par deux : 15 ECTS, ce qui représente entre 375 et 450 heures de travail (d’après les conventions européennes qui régissent les ECTS). Croit-on qu’il soit sage de disperser ainsi ses énergies l’année où l’on prépare un concours ? Une telle imposition est-elle conforme aux intérêts des étudiants ?
L’autorisation de redoubler serait une grande première dans les IUFM. Car ces chantres de la « non-sélection » et de la « réussite pour tous » changent brutalement d’avis quand il s’agit de leur propre lopin de pouvoir. « Pas de pitié pour les faibles » devient alors le mot d’ordre : ou bien vous réussissez au premier coup ou bien vous êtes virés (cette rigueur, habituelle il y a une dizaine d’années pour les CAPES, est désormais la règle pour le CRPE étant donné l’inversion des flux de candidats qui se poursuit depuis l’an 2000). Il faut reconnaître que cette attitude ne relève pas pour l’essentiel d’un manque de compassion pour les recalés aux concours. Il en va de la survie de ces établissements. Car le redoublement systématique des candidats en échec produirait une augmentation considérable des effectifs de première année et ouvrirait un gouffre entre les deux années d’une formation que les IUFM ont toujours voulu considérer comme un tout. Il faut reconnaître aussi que les différentes propositions – outre celles des IUFM – qui visent aujourd’hui à « mastériser » les concours achoppent sur la même pierre. Comment pourrait-on « intégrer les concours » dans un master professionnel alors qu’il y a en moyenne 80 % d’échec aux concours et qu’un master professionnel repose, au contraire, sur le principe d’une sélection préalable de telle sorte que tous les inscrits aient la quasi-certitude de réussir leur cursus et de trouver un débouché réel dans la vie active ? Quoi qu’il en soit, si dans ce cas précis, l’IUFM de Créteil a l’intention d’autoriser les redoublements en M1, faute de quoi le « lissage » évoqué plus haut n’aurait plus aucun sens, il faudrait qu’il s’engage à adopter le même politique envers les candidats hors-master (qui représenteraient d’après leurs propres chiffres 1700 personnes contre 100 candidats « mastérisées »). Autrement, on pourrait les soupçonner de vouloir exercer le chantage suivant : ou bien vous vous inscrivez dans notre master et vous pourrez redoubler, ou bien vous ne le faites pas et le redoublement vous sera interdit. Mais sachez que si vous optez pour la première solution, nous vous demanderons de fournir un lourd travail supplémentaire et inutile, qui réduira considérablement vos chances de réussite au concours. Créer ainsi une situation de « double bind », en plaçant les licenciés devant deux injonctions contradictoires, relève de ce qu’on appelle communément « l’effort pour rendre l’autre fou ».
En conclusion sur ce point, il est évident que le schéma proposé ne résout pas le problème qui, depuis le début en 1991, empêche les IUFM de fonctionner selon le plan prévu : l’existence d’un concours à mi-parcours. Il se contente de le déplacer au niveau du master, compliquant encore les choses par la mise en place de deux systèmes parallèles et concurrentiels de préparation, entre lesquels les licenciés seraient dans l’impossibilité de choisir puisque chacune des deux voies serait pire que l’autre.

5. Passons maintenant aux candidats exemplaires, la toute petite minorité qui réussirait du premier coup au concours. Ils font leur stage l’année suivante et sont titularisés. Pendant ces deux années, ils ont, en outre, grappillé quelques ECTS supplémentaires mais il leur en manque encore beaucoup pour acquérir l’ensemble du master. Les promoteurs de ce projet sont-ils vraiment convaincus que ces néo-titulaires, qui ont obtenu tout ce qu’ils pouvaient désirer, un poste de fonctionnaire, vont volontairement revenir dans l’IUFM pour terminer leur master ? A quoi bon ? Il faut une sacrée dose d’illusions sur les beautés intrinsèques des « sciences de l’éducation » pour imaginer une hypothèse pareille. Quand on est en charge de son premier poste – dont il n’est même pas sûr qu’il se trouve dans l’Académie d’origine – on a d’autres chats à fouetter et d’autres projets personnels (ne fût-ce que celui de fonder une famille) pour perdre son temps à décrocher un master désormais inutile. Autrement dit, les meilleurs étudiants inscrits dans ce master ne l’obtiendraient pas pour la simple raison qu’ils renonceraient à le poursuivre. Quant à ceux qui, autorisés à redoubler le M1, auraient finalement un poste au bout de trois ans, ils s’empresseraient de faire la même chose : déguerpir au plus vite et commencer à travailler.

6. A qui s’adresse donc ce master ? A ceux qui, renonçant au concours après une première tentative, décideraient de continuer en M2 pour avoir un débouché en dehors de l’enseignement ? Ce genre d’étudiants ne court pas les rues. Nous n’avons jamais rencontré pour notre part un seul candidat au concours qui ne retente pas sa chance au moins une fois, surtout si (hypothèse retenue car, sinon, tout le dispositif s’écroule) l’IUFM l’autorise à redoubler. Eliminons donc ces candidats, dont le nombre serait si infime qu’il ne serait pas possible d’organiser un M2. Que reste-t-il ? Seulement les étudiants qui, après deux échecs consécutifs, seraient néanmoins autorisés à passer en M2 (mais auraient-ils leurs 30 ECTS disciplinaires ?) pour se « réorienter ». Au bout de deux ans, ils n’auraient pas obtenu grand-chose : 30 ou 40 ECTS au grand maximum. Il leur faudrait sans aucun doute au moins deux ans de plus pour avoir enfin le master. On n’est plus dans le cadre d’un master en deux ans, ni même en trois, mais plutôt en quatre ou cinq ans ! Ce phénomène de débordement, déjà plusieurs fois signalé, est dû au fait que les promoteurs de ce projet ont commis une erreur volontaire en évaluant le poids respectif des différents ECTS. Deux ans d’études est le strict minimum pour réussir la partie théorique des concours et valider son stage. Cet ensemble devrait donc valoir à lui tout seul les 120 ECTS du master. Or il est compté pour la moitié. On lui rajoute donc un deuxième master, « en sciences de l’éducation » cette fois. C’est parce qu’on prétend faire cohabiter deux masters en un qu’on est fatalement amené à déborder le cadre légal des quatre semestres. Et ce qu’on appelle « réorientation » en vue des « métiers de l’éducation » n’est qu’une invitation à entreprendre un deuxième master dans le cadre duquel seraient « capitalisables » quelques ECTS venus du premier.

7. Qu’en est-il enfin de ces « autres débouchés » qu’on veut faire miroiter aux yeux des étudiants ?On emploie des mots ronflants et à peu près vides de sens : « capacités d’expertise », « innovation », « dimension européenne », etc. Mais quand on passe à la liste des métiers concrets proposés aux reconvertis, on croit rêver.
– « Métiers de la petite enfance » : puisqu’il ne s’agit plus par hypothèse d’enseigner en maternelle, ni évidemment d’exercer la pédiatrie (qui est une spécialité de la médecine), il n’y a plus guère que le métier de puéricultrice. Les promoteurs de notre nouveau master savent-ils qu’il faut pour cela avoir d’abord réussi le concours d’entrée dans une école d’infirmières puis, une fois le diplôme d’Etat en poche après trois ans d’études, présenter un deuxième concours, dans une école de puéricultrice cette fois ?
– « Métiers de la médiation culturelle » : au sens propre, ces métiers, effectivement en vogue, consistent à établir un lien entre les artistes et le public. Pas le moindre ECTS du master proposé ne concerne ce domaine. Il existe en revanche un master professionnel (« spécialité direction et conception de projets culturels ») à l’Université de Paris III. Il existe aussi une licence professionnelle spécialisée à Paris V. Sans compter les différents masters professionnels mis en place à l’Université de Paris IV (Institut d’Art). Au sens large, il ne s’agit plus de « médiation culturelle » mais du domaine « socio-éducatif ». Il suffit alors de se tourner sur l’Université de Paris XII elle-même pour trouver un DEUST d’« accompagnement socio-éducatif » (d’ailleurs fort chancelant puisqu’un étudiant sur deux abandonne en première année) ou un Master « Sciences de la société, Mention : éducation, travail et formation, Spécialité : intervention sociale ». L’IUFM de Créteil veut-il concurrencer sa propre Université d’accueil ? Les enseignants-chercheurs de Paris XII (« sciences de l’éducation » et sciences sociales) et la Présidence de l’Université veulent-ils se concurrencer eux-mêmes ?
– « Métiers de l’insertion » : pris au sens propre, ces métiers relèvent soit de l’Assistance sociale, soit du « conseil en insertion et probation ». Dans le premier cas, il s’agit d’une profession réglementée par l’obtention d’un diplôme d’Etat. Seuls les titulaires du DEASS, qu’on prépare dans les écoles agréées, peuvent accéder au métier. Aucune dérogation n’est admise. Pour ce qui est de « l’insertion et de la probation », il faut sortir de l’ENAP, Ecole nationale d’administration pénitentiaire (eh, oui !).
– Quant au « management » et aux « ressources humaines », la charité invite à être le plus bref possible : une telle ambition relève de l’utopie, de l’inconscience ou de la folie des grandeurs.
Bref, les reconvertis, titulaires d’un « master d’enseignement et d’éducation » qui ne permettrait pas d’enseigner, comprendraient bien vite qu’on s’est moqués d’eux. Ils iraient en effet rejoindre la masse des « travailleurs sociaux » précaires, recrutés de façon temporaire par des collectivités locales ou des Associations et retournant au chômage dès que les subventions font défaut. Ils pourraient aussi faire du baby-sitting ou chercher un travail dans tout ce qui relève de « l’aide à la personne » et qui est fort mal défini pour l’instant. Faut-il pour cela quatre ou cinq ans d’études post-licence ? Or les effectifs concernés sont considérables : 80 % des inscrits en M1 puisque, en tout état de cause, il n’y a pas plus de 20 % de réussite aux concours de recrutement. Toute formation professionnelle de niveau supérieur implique, si elle doit être un peu sérieuse, une sélection préalable des étudiants et une très forte spécialisation dans un « créneau » précis. On ne peut pas bricoler cela avec les recalés des concours à qui on infligerait une overdose de ces prétendues « sciences de l’éducation » dont les contours ont toujours été si flous.

8. A quoi peut donc bien servir ce nouveau master ? Pour les étudiants, à rien du tout. Il les empêche même de mettre toutes les chances de leur côté en vue de la réussite aux concours puisqu’il les oblige à suivre, parallèlement à la préparation des épreuves, une série d’enseignements superflus. Il n’est utile qu’aux professeurs de « sciences de l’éducation », qui trouveraient ainsi une réserve d’étudiants captifs pour leur infliger des cours aujourd’hui de plus en plus désertés. En effet les licenciés en « sciences de l’éducation » figurent parmi ceux qui ont l’un des taux de réussite le plus bas au concours de professeur des écoles (16,7 %) alors même que ce concours avait été, à l’origine, prévu pour eux. Ils arrivent juste devant les licenciés de psychologie (16,2 %) et de sociologie – qui sont les bons derniers avec 13,2 %. A titre de comparaison, les titulaires d’une licence pluridisciplinaire réussissent à 33,6 %, loin devant les seconds, les licenciés de biologie (26 %). Or les sciences de l’éducation, la psychologie et la sociologie sont justement les trois piliers de ce futur master ! Si l’on veut vraiment donner une impulsion nouvelle à la formation des futurs professeurs, il vaudrait infiniment mieux créer, ou développer, des « licences pluridisciplinaires », les seules susceptibles de mener, dans les meilleures conditions, au métier de professeur des écoles, qui est polyvalent par nature. Quant aux futurs professeurs du secondaire, il faudrait que les IUFM et les « sciences de l’éducation » cessent une fois pour toutes d’empiéter dans un domaine où leur incompétence n’est plus à démontrer. Ce n’est pas en bricolant un master qui ne tient pas la route qu’on va résoudre le problème mais, bien au contraire, en rendant d’abord aux UFR et Départements spécialisés dans un domaine précis du savoir l’entière maîtrise de cette année de préparation aux concours dont ils ont été indûment privés depuis la mise en place des IUFM. Sans doute faudrait-il aussi revoir l’architecture des licences et des masters disciplinaires. Mais il s’agit d’un autre problème qu’il faudra aborder sereinement lorsque nous ne serons plus obligés de passer notre temps à contrer les incessantes, et toujours aussi brouillonnes, tentatives des IUFM pour monopoliser la formation des maîtres au détriment de l’Université.

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