Pourquoi défendons-nous l’école républicaine ?

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A quoi l’école sert-elle ?

Le but de l’école républicaine n’est pas d’éduquer les esprits à des valeurs consensuelles, mais de former des citoyens autonomes et par conséquent instruits. Nul n’est spontanément libre. L’accès à l’autonomie requiert comme condition première l’instruction, c’est-à-dire la transmission raisonnée des Lumières et des savoirs sans laquelle le sujet ne peut exercer pleinement sa liberté. Les futurs citoyens seront d’autant plus revendicatifs et d’autant moins soumis aux pouvoirs qu’ils seront en mesure de faire usage de leur entendement et qu’ils auront l’intelligence des oeuvres et des savoirs déposés dans la culture.

L’école républicaine, par conséquent, n’a pas pour fonction de favoriser l’ « employabilité ». D’abord parce que nul ne peut préjuger des besoins qui seront ceux des employeurs dans dix ans, ensuite parce qu’une République n’a pas besoin d’esclaves maniables mais de citoyens éclairés.

L’école républicaine face à la mondialisation néolibérale

L’école publique est depuis quelques années la cible d’une attaque sans précédent qui pervertit sa fonction, qui affaiblit son efficacité et qui sape les fondements sur lesquels elle s’était construite. Cette attaque s’inscrit dans une offensive plus large lancée en 1995 par l’OMC dans le cadre de l’Accord Général sur le commerce des Services. Cette offensive a pour but de libéraliser tous les secteurs dont l’organisation et le financement relevaient jusque-là de la puissance publique. La dépense publique mondiale pour l’enseignement représente plus de 1400 milliards de dollars. A l’instar de la santé, des énergies ou des transports, l’enseignement a donc de quoi attirer les convoitises. Ce marché potentiel est d’autant plus juteux qu’il couvre des champs très divers : de la maternelle à l’université en passant par la formation continue et la recherche, les potentialités sont nombreuses et les perspectives alléchantes pour les néolibéraux.

Cette politique de libéralisation de l’enseignement a été depuis 1995 activement relayée par les institutions européennes, notamment à travers la stratégie de Lisbonne et le processus de Bologne. Elle est aujourd’hui méthodiquement appliquée en France via une série de contre-réformes mises en oeuvre par l’actuel gouvernement.

Dans le cadre de cette offensive à la fois globale et mondialisée, l’école publique française présente une spécificité : elle s’inscrit dans un modèle social cohérent dont elle est la pièce maîtresse. L’école républicaine constitue ainsi une cible de choix : le démantèlement du modèle social français exige la destruction de l’école républicaine.

Affaiblir l’école républicaine de l’extérieur et de l’intérieur : la double stratégie des néolibéraux

La stratégie mise en oeuvre par les néolibéraux vise d’abord à affaiblir l’école publique de l’extérieur, en subventionnant massivement l’école privée. Aux milliards versés chaque année par l’Etat aux établissements privés sous contrat (au titre de la loi Debré), s’ajoute le financement par les municipalités rendu possible par la loi Carle. Mais le subventionnement du secteur privé par le public prend aussi des formes plus sournoises : l’Etat finance l’ouverture de classes catholiques en banlieue ; des fondations consacrées au financement d’écoles privées sont reconnues d’utilité publique, ce qui ouvre des droits à déduction fiscale ; l’accord Vatican-Kouchner autorise le Saint-Siège à délivrer des diplômes, ce qui conduit à remettre en question le monopole national de la collation des grades.

Mais l’école publique est aussi affaiblie de l’intérieur. Les contre-réformes dont elle fait l’objet visent en effet à substituer au modèle sur lequel elle s’était construite un nouveau modèle issu de l’entreprise, préparant ainsi la mise en concurrence du public et du privé. Comme n’importe quelle entreprise, l’école publique est aujourd’hui sommée de proposer une « offre » répondant, de la manière la plus performante, à la demande d’ « usagers ». La réforme du lycée, sous couvert d’introduire de la souplesse dans les parcours proposés aux élèves, entérine cet asservissement à la logique manageriale. Mais tout est mis en oeuvre pour que cette concurrence soit déloyale et profite avant tout au secteur privé. Suppressions massives de postes, remise en question du recrutement par concours nationaux, mise en concurrence des établissements via la suppression de la carte scolaire, la pédagogie des « projets d’établissements » et l’offre des options, inégalités des diplômes qui perdent de plus en plus leur caractère national : autant de mesures qui, à moyen terme, ne manqueront pas de baisser le niveau d’exigence et la qualité de l’enseignement dispensé par l’école publique.

Quelques combats du secteur Ecole de l’Ufal

Parce que ces attaques sont tous azimuts, les interventions du secteur Ecole de l’Ufal se font à tous les niveaux.

1.Contre la masterisation des concours. L’Ufal a participé dès novembre 2008, aux côtés d’autres organisations, à la lutte contre la masterisation des concours. Nous considérons en effet que cette réforme met en péril l’existence même des concours nationaux, et fragilise ainsi le statut d’enseignant-fonctionnaire, statut indispensable à l’autonomie des professeurs puisqu’il les protège des éventuelles pressions de leur hiérarchie. La question du statut des professeurs ne se réduit pas, comme on cherche parfois à le faire croire, à un problème corporatiste. Elle engage en effet la place de l’école par rapport à la société civile. Supprimer le statut de fonctionnaire-enseignant revient en effet à livrer les professeurs aux demandes des chefs d’établissements, demandes qui peuvent parfois relayer des intérêts locaux de toute nature (économiques voire idéologiques). Or, l’école publique ne peut être une école laïque qu’à condition d’être soustraite aux pressions et aux intérêts particuliers que les groupes sociaux sont toujours susceptibles de faire peser sur elle.

La réforme de la masterisation des concours, en supprimant l’année de stage, démolit par ailleurs la formation des enseignants qui devront désormais se former « sur le tas ». Depuis cette rentrée, les fonctionnaires-stagiaires sont en effet contraints d’assumer des services à temps plein sans aucune préparation. Non seulement la formation pédagogique est extrêmement tardive, mais elle est désormais fonction des dispositifs mis en place localement par les recteurs, ce qui fait éclater le cadre national de la formation.

2.Contre la réforme de l’enseignement professionnel. L’Ufal dénonce la réduction de la formation professionnelle à trois ans. Cette réforme ne peut être que dommageable aux élèves les plus en difficulté, dont on voit mal comment ils pourront mieux assimiler en trois ans des connaissances qui, jusque-là, étaient dispensées sur quatre ans. La réforme des programmes qui accompagne cette perte d’une année de formation est, par ailleurs, préjudiciable à la qualité de l’enseignement professionnel : basés sur l’apprentissage de « compétences », de savoir-faire et de savoir-être, ces nouveaux programmes renoncent à transmettre une culture solide, à laquelle ces élèves ont tout autant droit que ceux qui suivent un cursus dans l’enseignement général. Nous dénonçons par ailleurs l’introduction d’une épreuve orale de rattrapage qui donne l’illusion d’un fort taux de réussite alors que la réforme brade le baccalauréat professionnel.

En devenant des EPLE (Etablissement Publics Locaux d’Enseignement), les LEP ne changent pas seulement de sigle : ils deviennent des établissements dont le fonctionnement dépend des orientations pédagogiques d’une administration aux prérogatives élargies jusqu’au pouvoir de noter les enseignants. L’évaluation des connaissances au niveau local marque non seulement la fin d’un diplôme professionnel national, mais crée une inégalité face au diplôme puisque sa valeur dépend désormais en grande partie de la renommée de l’établissement qui le délivre.

L’Ufal dénonce également la création de lycées de métiers, dans lesquels il est question d’introduire des structures semi-privées de type CFA ou GRETA. Sous couvert de « redonner de l’excellence » aux établissements professionnels, cette réforme prépare en fait à moyen terme le transfert de l’enseignement professionnel vers le privé. La polarisation et la spécialisation de ces futurs lycées obligeront par ailleurs les élèves à faire de longs trajets pour suivre la spécialité de leur choix.

3.Contre l’économie de la connaissance. L’Ufal dénonce la mise en oeuvre, via la stratégie de Lisbonne et le processus de Bologne, d’une « économie de la connaissance » qui nous fait miroiter la libre circulation des savoirs pour mieux en préparer la marchandisation. En inféodant le savoir à la rentabilité la plus immédiate, les programmes mis en oeuvre au niveau européen préparent la démolition de la recherche fondamentale et la fin de la culture.

Promouvoir l’école républicaine de demain : les 23 propositions du secteur Ecole

Il ne s’agit pas de participer à la nostalgie de l’école d’antan, mais de savoir à quelles conditions l’école publique peut résister à l’offensive néolibérale. Dans cette optique, le secteur Ecole de l’Ufal a élaboré 23 propositions, qui s’orientent autour de deux grands axes :

1.Soustraire l’école publique aux pressions et aux demandes formulées par la société civile. L’école républicaine doit se régler sur ses propres exigences et non s’adapter aux modes et aux demandes sociales. Plus que jamais, il est nécessaire de protéger l’école contre les intérêts particuliers, qu’ils soient idéologiques, religieux ou économiques.

2.Réintégrer l’école républicaine dans le modèle social français : il est temps de rompre avec un certain discours qui fustige l’école républicaine et l’accuse de favoriser la reproduction sociale. L’école joue d’autant plus son rôle d’ascenseur social qu’elle ne cède pas sur ses exigences et qu’elle délivre des diplômes dont la valeur est reconnue. Il faut affirmer avec force que l’école républicaine fait partie intégrante du modèle social français, au même titre que le système des retraites, la sécurité sociale ou les services publics.

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