Pour une renaissance de l’IPES

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Les questions relatives à l’enseignement font en permanence, depuis des décennies, l’objet de mesures, de promesses, de réflexions, et même aujourd’hui, en période de chômage inquiétant pour notre pays, de messages publicitaires vantant une niche salariale extraordinaire : des milliers d’emplois sont offerts pour enseigner. Pas de mention des qualificatifs requis, ni des salaires proposés. Curieux, non ?

L’UFAL appelle à une renaissance de l’IPES. Pourquoi ? De quoi s’agit-il ?

Soucieux de l’intérêt de l’avenir de nos enfants, nous voulons que l’instruction et la culture soient offertes à tous, indépendamment des ressources des familles. Il nous faut donc des enseignants hautement qualifiés, exerçant une profession reconnue et attractive, dans des conditions d’égalité sociale motivantes : le système du pré-recrutement avec engagement de servir l’État y répondait.

Dans les années 50, moins de dix ans après la Seconde Guerre mondiale, dans un pays appauvri, l’Institut de Préparation à l’Enseignement Secondaire (IPES) a ainsi vu le jour. Institut sans mur, il a offert à l’Enseignement Secondaire de nombreux candidats aux postes d’enseignants, alors que les professions d’ingénieurs, plus rentables, les attiraient trop pour un devenir raisonné de notre nation. Des étudiants sélectionnés sur concours universitaire, en fin de première année étaient recrutés et rémunérés comme fonctionnaires stagiaires (cotisant donc pour la retraite et la sécurité sociale). Ils suivaient l’enseignement universitaire de droit commun, avec des séances particulières de travaux pratiques, jusqu’à 3 ans, certains obtenant même une quatrième année pour préparer l’agrégation. Engagement lié : réussir, pendant le temps alloué, les examens de la licence d’enseignement puis de la maîtrise y faisant suite, et être reçus au CAPES : faute de quoi, ils accomplissaient leurs obligations de service comme maîtres auxiliaires et servir l’éducation nationale pendant dix ans, sous peine de remboursement des pré-salaires perçus (équivalents aux salaires de début de carrière, cotisations retraites incluses).

Les IPES, supprimés en 1978 (le sigle a même aujourd’hui une autre déclinaison), ont représenté un puissant ascenseur social pour nombre d’enfants de familles modestes, un facteur de motivation pour les étudiants, et un atout pour la qualité de l’enseignement, toutes disciplines confondues. Aujourd’hui, de nombreuses professions qualifiées dans les domaines de l’éducation, mais aussi de la santé, souffrent d’un prétendu « manque » de vocations. L’IPES peut répondre à ce pseudo-manque, en facilitant l’accès aux études de ceux qui sont en manque de moyens matériels pour mettre en œuvre leur vocation, ou, plus prosaïquement, leur désir de s’instruire et de se former pour produire le partage de leur savoir. Des professions de ce type exigent en effet des intervenants hautement qualifiés, et non un comblement de vide que l’on espère compenser par appel à des volontaires en mal d’emploi, tel qu’on l’entend sur les ondes actuellement, pour combler les besoins criants de l’éducation nationale avec des contractuels ou des vacataires précaires et sous-rémunérés, au besoin déqualifiés au passage.

D’autres domaines où les recrutements souffrent d’un manque de « vocation » pourraient aussi bénéficier d’un dispositif ipésien : pour le domaine de la santé par exemple, il est évident qu’il s’agit plus, depuis plusieurs années, de réduire l’offre pour réduire la demande : en clair, vous n’aurez pas les médecins dont vous avez besoin, donc ce n’est pas la peine d’être malades ! TVB, Madame la Marquise… Une puissante réflexion, sinon réaction, s’impose !

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