Les impostures du baccalauréat: Lorsqu’un sujet du baccalauréat devient une affaire nationale

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Vous vous souvenez peut-être du tollé causé par l’épreuve de mathématiques du bac 2003. Ou vous avez oublié parce que en réalité il ne s’est rien passé.

« Le taux de réussite global à la session de juin est de 80,1 %. Il a progressé de 1,3 point par rapport à 2002« , dit la note d’information 0342 de la Direction de l’Evaluation et de la Prospective. … « Quant au taux de réussite de la série S, qui avait déjà augmenté de un point l’année précédente, il atteint 84,7 % en 2003, avec une hausse très importante (+ 4,5 points) par rapport à 2002. »

Sachant le coefficient des maths, et tous les communiqués de l’Association des professeurs de mathématiques, des associations de parents d’élèves demandant de refaire l’épreuve, de limoger tel ou tel, le désespoir des candidats ayant rendu copie blanche, les flots d’articles dans la presse, un tel taux de « réussite » ne peut avoir été obtenu que par une surnotation massive. On savait depuis le début de la correction que le barème variait selon les académies entre 20 et 35, le ministère s’en était ému, officiellement. La FCPE a été gênée de la publicité de cette variabilité du barème. Que cette surnotation soit le fait des correcteurs individuellement ou des secrétariats d’examen, il y a bien des êtres humains qui ont pris la responsabilité de tricher ; et ce n’est pas le ministère.

Voici ce qu’en dit la journaliste Martine Laronche dans Le Monde du 12-07-03:
« Pour l’épreuve de mathématiques, les académies ont donc dans un premier temps aménagé les barèmes, en en éliminant les questions les plus difficiles et en ajoutant des points bonus pour ceux qui y avaient répondu correctement. Une académie de l’Ouest a remonté systématiquement, après correction, les notes de mathématiques par un coefficient multiplicateur, signalent des correcteurs. Dans un second temps, les jurys ont donné un coup de pouce aux candidats mis en difficulté par leur note, leur permettant quand le décalage était trop important avec les résultats du livret scolaire d’être admis d’emblée ou de passer l’oral. Au final, la moyenne générale nationale de l’épreuve controversée a été du même niveau qu’en 2002 : légèrement supérieure à 9 sur 20, précise le ministère. »
Autrement dit, le bac comme épreuve finale anonyme n’existe plus, on est passé de fait au contrôle continu. Quel que soit le sujet, s’il dépasse d’un cheveu ce que les élèves savent faire d’après leur ordinaire, les questions jugées difficiles – elles le sont potentiellement toutes – seront éliminées. Quel que soit le programme prescrit ou enseigné, il en sera de même. Et de la volonté très générale des professeurs, il ne peut en être autrement, le caractère massif du phénomène le montre.

On pourrait penser qu’il faut faire exploser des programmes, des instructions, des enseignements, des horaires… qui aboutissent à ce degré zéro de la formation scientifique ; et que sans évolution des examens, il n’y a pas d’évolution des enseignements. Mais la preuve est faite que le bac n’est plus un moyen de blocage. Peut-on l’espérer de l’enseignement supérieur? Il est à craindre que non, à cause du problème de la condition d’ouverture des crédits de fonctionnement : l’enseignement est marchandisé à coeur.

Quelles vont en être les conséquences dans la vie scolaire ordinaire ? Ce que nous décrivent les professeurs de lycée professionnel, contraints de donner le bac pro même à des élèves très faibles et fortement absentéistes : refus scolaire accentué, et violence. Comment voulez-vous persuader les élèves de travailler, d’apprendre quoi que ce soit, s’ils savent qu’en fin de compte le bac leur est donné quoi qu’ils fassent? Il faut s’attendre à un accroissement de la violence.

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