Les impostures du baccalauréat: Evolution de l’épreuve de sciences physiques au baccalauréat scientifique

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Je suis professeur de physique en lycée, et j’ai rédigé l’article ci-joint portant sur l’évolution de l’épreuve de sciences physiques au bac (S).
Cet article montre comment les sujets de bac actuels tendent à exclure toute réflexion. Il contient quelques remarques sur le français et sur les TPE.
Si vous le jugez intéressant et lisible par vos lecteurs, je vous donne l’autorisation de le diffuser, mais de manière anonyme (j’explique pourquoi dans le texte).

Note de la rédaction : Nous avons choisi de publier l’extrait suivant. Il est possible de lire l’intégralité de cette étude en cliquant sur le lien suivant : physiqueaubacS.pdf (1,15 Mo)

Jetons un oeil sur le niveau exigé des élèves ayant choisi un horaire renforcé en physique (7 heures par semaine). Voici par exemple une question sur les instruments à cordes :

Le son produit par la corde est étudié à l’aide d’un microphone branché à un oscilloscope numérique. L’oscillogramme correspondant est donné à la figure 7 en page 10.
1.3.1. Exploiter cet oscillogramme pour déterminer la fréquence f1 du mode fondamental.
1.3.2. A quelle qualité physiologique du son est associée cette fréquence ?

Le “fondamental” (fréquence la plus basse), se déduisait immédiatement du graphique joint. Encore fallait-il retrouver la définition. Voici les réponses apportées par un candidat :

(Calculs faux) puis : La qualité physiologique du son auquelle est associée cette fréquence est la lumière.

Reconstruisons donc le processus mental de cet élève. Il a manifestement recherché désespérément dans sa calculatrice une formule faisant intervenir la seule donnée de l’énoncé :
L = 69, 0cm” (longueur d’une corde de violoncelle). Il tombe alors sur la formule f = 2pi.racine(LC) qui relève en fait de l’électricité, mais son niveau ne lui permet même pas de le reconnaître. Or pour appliquer sa formule, il lui manque la valeur de la constante C : il en déduit qu’il s’agit probablement du nombre de Carreaux qu’il repère sur le graphique ! Cerise sur le gâteau, un élève de troisième pourrait débusquer l’absurdité du résultat souligné par le candidat, qui signifie que la corde de violoncelle prend plus de cinq secondes pour faire une unique oscillation. Bref, même en dépit du bon sens, l’élève ne doute pas un instant du résultat puisque encore une fois c’est la calculatrice qui le dit.
Quant à la deuxième partie de sa réponse, je déclare forfait. La réponse attendue était “la hauteur du son”. Le lecteur qui parvient à me donner une explication rationnelle de l’association d’idées qui conduit l’élève à parler ici de lumière est prié… de m’éclairer. Une perle parmi bien d’autres ? Certes, mais le problème n’est pas là. Le scandale est que j’ai été obligé d’accorder la moyenne à cet élève, visiblement NUL en sciences physiques et incapable de faire preuve de bon sens. Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que le sujet n’exigeait quasiment aucune réflexion. En effet, classons les questions par catégorie : La réponse est dans l’énoncé lui-même (texte court ou graphique). La question peut être traitée par un élève de Seconde. Application numérique (la formule a été donnée dans la question précédente). Cours ” brut ” (formules et définitions importantes du cours). Résultat mathématique (vu en cours). Sciences physiques de terminale. Voici la répartition des points que j’ai obtenue :
environ 1/4 de simple lecture, un autre quart niveau seconde, 20% cours brut (calculette), et 1/6 de physique de TS.

A mon sens ce sujet ne comportait PAS UNE question obligeant le candidat à s’arrêter d’écrire pour réfléchir.

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