La fin de l’Education nationale : est-ce votre projet, Madame Royal ?

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Après lecture de votre « Pacte présidentiel », on ne peut qu’avoir cette interrogation en tête.

En effet, en amplifiant massivement la Régionalisation, votre programme semble conduire à la déconstruction de la République française liée à l’Etat-Nation et, ce, pour établir une République des Régions. C’est à dire une République de Régions s’autonomisant et, ce, au sein d’une Europe des Régions. Comme c’est déjà le cas en Espagne avec la politique menée par José Luis Rodriguez Zapatero ou en Grande-Bretagne par Tony Blair. On craint d’y voir une République fédérale de France où la langue française ne serait plus le lien social entre les habitants de la France. Où chaque Région irait vers une langue régionale ? Qu’adviendrait-il alors de tous ceux qui ne la parleraient pas ?

Si telle était votre orientation, ne serait-ce donc pas la fin programmée de « l’Education nationale » ? Est-ce pour cela que le mot « Education nationale » n’est pas prononcé une seule fois dans votre « Pacte présidentiel » ? On n’y parle effectivement que de « l’Ecole » sans autre précision. « Ecoles régionales » au lieu de « l’Education nationale » ? Est-ce votre projet, Madame Royal ?

Voici des passages de votre « Pacte présidentiel » qui interrogent sérieusement.

– A la « proposition n° 6 », il est question de « Réformer l’Etat », d’« Une décentralisation aboutie » et de « services publics de qualité ». Faut-il y voir des Lander comme en Allemagne ou la Catalogne autonome de Zapatero ou l’Ecosse de Blair ? Et avec des services publics régionaux (l’adjectif « nationaux » n’est pas employé) ? Par conséquent faut-il envisager que l’égalité n’existerait plus entre les citoyens français, mais – éventuellement – entre citoyens d’une même Région ? Mieux vaudrait alors habiter dans une Région riche économiquement ! Est-ce votre projet, Madame Royal ?

– La « proposition n° 23 » postule d’« Assurer la maîtrise de la langue parlée à la maternelle. » Laquelle ? Le « français parlé » ? La langue régionale ? La langue maternelle des parents immigrés ou de résidents européens en France ? Est-ce votre projet, Madame Royal ?

– La « proposition n° 30 », parle d’« Adopter une loi de programmation pour redonner à nos universités les moyens de l’excellence », de « Renforcer l’autonomie des universités dans le cadre national » et d’« Associer les régions à la remise à niveau des universités (bâtiments, logements étudiants…). » Cela signifie-t-il aller vers des universités concurrentielles classées entre Régions (« l’excellence ») ? Avec l’abandon de l’égalité nationale des diplômes et la mise en place de licences, de masters d’inégale valeur selon le classement de l’université qui les délivre ? Ceci posé, cette orientation conduit à transférer le financement de l’Etat aux régions, voire aux financements privés. Ne peut-on pas craindre que, dans les régions pauvres, les universités autonomes soient en difficulté ? Et que ne demeurent au final que les universités des quelques régions riches ? Est-ce votre projet, Madame Royal ? __ – La « proposition n° 13 »__ conforte ce choix du désengagement de l’Etat sur les régions. Elle prévoit de développer «l’éducation artistique et la pratique artistique à tous les niveaux de la maternelle à l’université ». Financées comment ? Réponse : « A cette fin, sera mis en oeuvre un plan national, avec les régions, d’aménagement d’équipements culturels dans les universités et les lycées (salles de répétition et de spectacles, ateliers-studios, tables de montage, etc.). Est-ce votre projet, Madame Royal ?

Levez ces ambiguïtés, Madame Royal !

Dites-nous que vous ne programmez pas la fin du pacte républicain fondé sur l’égalité nationale des citoyens français. Que vous n’amorcez pas le retour au différentialisme des Provinces de l’Ancien Régime (Avant la Révolution) où il y avait deux poids, deux mesures. Que vous n’amplifiez pas la logique du « droit à la différence » et de « la différence des droits ». Que vous défendez toujours « l’Education nationale ». Vraiment nationale. Et non l’Ecole en France.

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