Ecologie et familles

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Lorsque l’on parle d’écologie, le sujet est en général abordé soit d’un point de vue environnemental (pollutions, perte de biodiversité, changements climatiques, etc.), soit sous un angle économique (développement durable, capitalisme vert, croissance verte, etc.). Dans un cas, la préservation d’une nature idéalisée et à la merci de l’homme destructeur est l’objectif central. Dans l’autre cas, il s’agit d’augmenter la production pour maintenir la croissance et poursuivre l’accumulation des profits, quel que soit le prix social. Dans les deux cas, une stratégie de communication est développée qui repose sur la peur (catastrophes climatiques, augmentation du chômage, etc.) et la culpabilisation (on se chauffe et s’éclaire trop, refuser de renoncer aux acquis sociaux nous fait perdre de la compétitivité, etc.) et met l’accent sur la responsabilité individuelle. Il en résulte quelques mesures et beaucoup de promesses, qui toutes sont inefficaces écologiquement, injustes socialement, et fondamentalement anti-humanistes, car l’essentiel est volontairement écarté, à savoir la combinaison de l’écologie, de l’économie et du social au profit de l’intérêt général et du bien-être des peuples.

Si un projet de société doit poser la question de l’utilité sociale et de l’efficacité écologique, une association familiale doit, tout en participant à cette réflexion, partir de la situation des familles, de leur ressenti, de leurs préoccupations et de leurs besoins, et se fixer comme objectif de rétablir une  capacité d’autonomie de jugement et de décision.

L’écologie n’est pas la sauvegarde de la nature. Pour les familles, l’écologie, c’est leur habitation, leurs moyens de transport, leur mode de consommation.

La fiscalité écologique fait partie de l’éventail des mesures capables d’avoir un effet sur l’environnement. Parce que tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il faut diminuer l’utilisation des énergies fossiles (charbon, gaz naturel, pétrole) en raison de leur raréfaction et des émissions de gaz à effet de serre que leur combustion entraîne, il était tentant de les taxer pour diminuer leur consommation. C’est le principe de la taxe carbone. Comme nous avons un gouvernement néolibéral sous l’influence du patronat et des grandes corporations, les grandes entreprises, les routiers, les agriculteurs, etc. ont été exonérés partiellement ou totalement de la taxe, qui reposait donc finalement sur les ménages et les petites et moyennes entreprises. Logiquement, le Conseil Constitutionnel a annulé cette mesure qualifiée d’inefficace et injuste. Après avoir prétendu le contraire, le gouvernement a renoncé à l’appliquer, ce qui l’aurait obligé à réduire les profits de ses protégés.

Le budget des ménages peut être partagé entre les dépenses contraintes, auxquelles on ne peut échapper, et le revenu « libéré », c’est-à-dire le reste à vivre qui peut faire l’objet d’arbitrages. En 25 ans, les dépenses contraintes sont passées de 24 à 48 % du budget des familles les plus modestes et de 20 à 27 % de celui des familles les plus riches. L’écart sur le revenu arbitrable entre riches et pauvres est donc encore plus important que l’écart sur le revenu lui-même, déjà considérable. De là découlent un fort sentiment d’inégalité et l’impression de baisse du niveau de vie des familles modestes, alors que les statistiques nationales affichent une augmentation du « pouvoir d’achat »[1].

Dans le même temps, la proportion d’individus déclarant s’imposer régulièrement des restrictions sur un ou plusieurs postes de leur budget est passée de 71 à 80 % dans les catégories modestes, contre 40 à 29 % pour les hauts revenus.

La part des dépenses liées au logement dans le budget des ménages est passée de 9 à 21 % au cours des 45 dernières années.

En conclusion, nous pouvons proposer deux principes pour une politique écologique et sociale qui défendrait l’intérêt des familles.

  • La part des dépenses contraintes ne doit pas subir de fiscalité supplémentaire, et puisqu’il faut réduire la consommation énergétique des logements et des transports, c’est à la puissance publique d’agir. Quelles que soient les mesures en place actuellement (crédits d’impôt, prêts à taux réduits, etc.) les familles doivent faire une avance et/ou réduire leur revenu « libéré », ce qui n’est possible que pour les familles aisées ;
  • La politique de l’habitat, des transports et de l’énergie doit permettre aux familles de regagner une capacité d’autonomie de décision ; cela passe obligatoirement par une planification écologique, un service public fort et une meilleure distribution des richesses.

Christian Gaudray (UFAL 33)

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