Audition de l’UFAL par la mission parlementaire

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Lire le compte-rendu complet de la table ronde du 16 septembre avec audition de l’UFAL pour la mission parlementaire. En présence de Monique Vézinet, Présidente de l’UFAL et Marie Perret, Secrétaire nationale >>>

Extrait de la table ronde : l’intervention de Marie Perret

Je voudrais commencer par évoquer deux affaires récentes qui, engageant toutes deux la question de la laïcité, ont été l’occasion d’en clarifier le concept et d’en circonscrire les limites.

L’affaire du voile à l’école posait la question de l’extension aux élèves de l’obligation de neutralité qui s’applique aux fonctionnaires. Devant la commission présidée par M. Bernard Stasi, l’Union des familles laïques (Ufal) avait défendu l’idée selon laquelle l’école n’est pas un service public comme un autre : l’école publique a pour vocation d’émanciper des individus dont la liberté est en voie de constitution, ce qui suppose que les élèves puissent se soustraire, durant le temps scolaire, à leurs particularismes et à leurs liens d’appartenance.

L’affaire dite du gîte des Vosges, moins médiatisée que la première, a divisé le camp des laïques. Mme Fanny Truchelut ayant refusé de louer une chambre à deux femmes qui s’étaient présentées voilées, il s’agissait de savoir s’il fallait étendre le principe de laïcité au-delà de la sphère de l’autorité publique, à des lieux qui relèvent de l’espace civil : comme les commerces, les transports, la rue. La position que nous avons défendue alors était loin d’être confortable : nous n’avons pas soutenu Mme Truchelut, considérant que le principe de laïcité s’appliquait aux lieux placés sous l’autorité publique, l’espace de la société civile étant régi par le principe de tolérance.

Faut-il interdire le port du voile intégral dans la société civile au nom du principe de laïcité ? Notre réponse est clairement non. Le principe de laïcité doit rester cantonné à la sphère de l’autorité publique : l’étendre à la société civile serait un contresens et reviendrait à l’affaiblir.

Est-ce à dire qu’il faut laisser faire, sous prétexte que la société civile est régie par le principe de tolérance ? Telle n’est pas notre position : l’Ufal est favorable à une interdiction du voile intégral dans tous les espaces de la société civile.

Nous considérons que le voile intégral est bien plus qu’un signe religieux : il est l’emblème d’un projet politique, que nous estimons séparateur. Véritable provocation, il constitue une façon de tester la résistance de nos institutions républicaines. Le voile intégral est le symbole intolérable de la soumission des femmes, symbole qui affecte la notion même de personne comme membre de l’association politique.

Le port du voile intégral n’a pas seulement pour effet de dérober l’identité de son porteur, mais aussi de le rendre indistinct, indifférenciable. Porter le voile intégral revient à signifier : « je ne suis personne ». Il s’agit d’un déni de singularité. Or, la singularité est indissociable du concept de citoyen. Un citoyen n’est pas un sujet abstrait, il doit être reconnu.

Le port du voile intégral a également pour effet de rejeter l’autre à une distance infinie. La burqa est une façon de signifier que tout contact avec autrui est une souillure. Elle crée, de façon visible, une classe d’intouchables.

Le voile intégral, masque qui rend impossible l’identification des personnes, pose un problème de sécurité publique. Le fait que des personnes soient autorisées à le porter dans la rue constitue aussi une rupture du principe d’égalité : ainsi, certains peuvent être identifiés sur des images prises par des caméras de vidéo-surveillance, d’autres non.

Enfin, le voile intégral empêche celles qui le portent de pouvoir exercer pleinement leurs droits et leurs devoirs de citoyennes : un témoin entièrement voilé peut-il être entendu par la justice afin d’identifier un coupable présumé ? Tolérer le port du voile intégral revient à accepter qu’une partie de la population soit amputée de ses droits et de ses devoirs.

L’interdiction du port du voile intégral, si elle devait être adoptée, ne suffirait pas. D’autres pistes doivent être explorées. Il est plus que temps que l’école renoue avec les Lumières et défende les principes sur lesquels elle se fonde. Elle doit être le lieu où l’on explique, de façon rigoureuse et articulée, le modèle politique que notre République a produit.

Il sera impossible de faire l’économie d’une analyse des raisons pour lesquelles les communautarismes s’exacerbent. Lorsque l’État se désengage des quartiers populaires, lorsque les services publics disparaissent, lorsque le principe de solidarité nationale est remis en question, les individus n’ont d’autre recours que de s’en remettre à des formes de solidarités traditionnelles, familiales et communautaires.

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